N°14 / Miscellanées vol. 2

L’alimentation carnée différentielle

Elise Chetcuti

Résumé

L’alimentation est un reflet de l’identité nationale mais également individuelle. L'assiette et son contenu, apparaissent ainsi comme les refuges d’une idéologie spécifique aux aspirations de l’individu qui la possède. La table, où sont disposées les assiettes, est un espace social où se construit des gestes, des mouvements, des manières d'être au gré d’une perpétuelle socialisation différentielle selon le genre de l’individu. Ainsi, la table comme tout espace social est traversé par des rapports de pouvoirs, où la différenciation des genres s’y cristallise dans la nature ou la quantité des mets avalés et notamment dans l’aliment qu’est la viande. La consommation du bifteck où se meut cette « force taurine », selon le mot de Roland Barthes, ingéré majoritairement par des hommes apparaît comme le « symbole de la masculinité patriarcale » ou/et de la masculinité hégémonique. Dans cette perspective, cet article analyse l’alimentation carnée et ses imaginaires comme « armes de genre ».

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Par Elise Chetcuti, Master Sociologie, Université Paul-Valéry - Montpellier 3

 

« Tintement d’assiettes, voici le grand plat de ce déjeuner pascal. Un gigot d’agneau piqué d’ail accompagné de haricots verts, de flageolets et de purée. Une saucière en porcelaine blanche, ventru, à double bec verseur, coté maigre et coté gras, passe de main en main. Lucie bâtit une petite montagne de purée dans son assiette puis creuse un puits en son centre pour y verser la sauce. La sauce brune à reflet dorée déborde hors du puits et ruisselle le long des flancs de la colline de purée. "C’est un volcan en éruption ! s’écrit Lucie enchantée par son œuvre. Lucie ! intervient aussitôt sa mère, calme-toi et mange proprement ! Et n’oublie pas les haricots, il faut aussi des légumes verts" »[1].

 

Si le temps passé à table a tendance à décroitre parmi les pays occidentaux, les Français ne restent pas sur leur faim en passant en moyenne « deux heures et treize minutes »[2] par jour à boire et à manger : un chiffre record parmi l’ensemble des pays de l’OCDE. En ce sens, cet ordre de grandeur est le témoignage du caractère social de l’aliment et des dispositions rituéliques qui l’entourent où l’enjeux est davantage celui de déguster cet instant de commensalité, de prendre plaisir à être ensemble que de simplement avaler une substance dénuée de sens.  Autrement dit, dans l’acte de s’alimenter on ne nourrit pas seulement une fonction mais un langage et les relations qui en dépendent. L’aliment est social car il apparaît davantage en France comme un miroir de son identité sociale que d’une simple matière comestible. Si je ne peux être sans manger, je suis ce que je mange. Ainsi, « manger, cet acte qui pourrait sembler anodin et banal constitue pourtant une pratique culturelle dont la compréhension est une porte d’entrée idéale pour saisir l’organisation d’une société »[3]. En ce sens on pourrait résumer cette pensée — en s’inspirant du célèbre aphorisme de Brillat Savarin — de la manière suivante : dis-moi ce que tu manges et je te dirais la structure de la société dans laquelle tu baigne.

Néanmoins, l'aliment est un reflet de l'identité nationale mais également individuelle. « L’alimentation est un système de communication »[4] écrivait Roland Barthes où la disposition de la viande, sa qualité, sa quantité, ou son absence sont des messages, des indices, des renseignements sur le capital économique, culturel et sur le genre de la personne qui l’ingère. L'assiette et son contenu, apparaissent ainsi comme les refuges d’une idéologie spécifique aux aspirations de l’individu qui la possède. La table, où sont disposées les assiettes, est un espace social où se construit des gestes, des mouvements, des manières d'être au gré d’une perpétuelle socialisation différentielle selon le genre de l’individu.  Claude Levis Strauss écrivait que « la façon dont chacun mange est, de tous les comportements, celui que les hommes choisissent le plus volontiers pour affirmer leur originalité en face d’autrui »[5]. Ainsi, la table comme tout espace social est traversé par des rapports de pouvoirs, où la différenciation des genres s’y cristallise dans la nature ou la quantité des mets avalés et notamment dans l’aliment qu’est la viande. La consommation du bifteck où se meut cette « force taurine »[6]  ingéré majoritairement par des hommes apparaît comme le « symbole de la masculinité patriarcale »[7] ou/et de la masculinité hégémonique. Raewyn Connell dans son ouvrage Masculinities désigne la masculinité hégémonique comme « la configuration des pratiques de genre visant à assurer la perpétuation du patriarcat et la domination des hommes sur les femmes »[8]. Or tel que le remarquent Nicoletta Diasio et Vulca Fidolini « la consommation de viande, et notamment de viande rouge, semblerait jouer un rôle central dans les processus d’identification à une masculinité virile hégémonique »[9].

Ainsi, si la viande symbolise la force, et si la force est essentielle à la construction de la virilité masculine, alors la viande apparaît comme nécessaire à la construction de l’identité masculine. Néanmoins, cet imaginaire relatif à ce bien consomptible qu’est la viande, ayant pour conséquence une consommation plus importante de la part des hommes de ces mets carnés, n’est pas exempt de mécanismes de reproduction visant à perpétuer l’ordre alimentaire genrée présent durant les repas.  Cet ordre alimentaire genrée utilisé grandement dans le travail de Tristan Fournier, Julie Jarty Nathalie Lapeyre et Priscille Touraille dans « l’alimentation comme arme de genre »[10] pourrait se définir comme les attentes et les injonctions d’une société donnée concernant la nature des aliments qu’il convient d’avaler ou non en fonction de notre genre. Car manger c’est avant tout « tenir son rang, c'est-à-dire maintenir l’image sociale que le groupe a de lui-même au regard des autres groupes sociaux »[11]. Autrement dit, le repas est un groupe qui se distingue en rapport à un autre groupe afin de préserver la cohésion de son propre groupe, avec notamment la consommation ostentatoire d’aliments, tel que la viande qui a pour conséquence directe la création d’inégalités alimentaires. En ce sens, la praxis alimentaire genrée reproduit l’idéologie de la masculinité hégémonique. De plus, si d’une part les femmes dans la plupart des ménages ont l’apanage de la création des repas, de la cuisine, elles sont d’autres part les premières à se priver notamment de viande comme le remarquera Pierre Bourdieu. Les femmes sont celles qui également connaissent majoritairement une charge mentale notamment dû à l’organisation complexe que nécessite la réalisation des repas. La charge mentale selon la sociologue Monique Haicault est « une notion née au milieu des années 70 […] soulignant le poids de cette gestion globale [des taches], sa complexité croissante et ses contraintes, mais aussi la pluralité des compétences cognitives qu’elle mobilise »[12].  En ce sens, il paraît légitime de s'interroger sur : Quels sont les mécanismes et les facteurs qui reproduisent la différenciation alimentaire carnée ? Quels en sont leurs origines ? Quels sont les mythes du pouvoir virils de la viande ? Au sein de cet article nous explorerons comment l’alimentation carnée structure les rapports sociaux de genre et par extension une masculinité hégémonique à travers une analyse théorique et une méthodologie de terrain basé sur huit entretiens semi directifs où les représentations sociales autour de l’alimentation carnée et végétales jouent un rôle décisif dans la reproduction de cet ordre alimentaire genrée.

 

 

La viande comme privilège masculin

 

« La viande nourriture nourrissante par excellence, forte et donnant la force de la vigueur, du sang, de la santé, est le plat des hommes, qui en prennent deux fois, tandis que les femmes se servent une petite part » [13]

 

Une des hypothèses avancées quant à la différenciation physique au niveau de la taille qui existe entre les femmes et les hommes est celle de Priscille Touraille dans sa thèse « dimorphismes sexuels de taille corporelle : des adaptations meurtrières ?». Cette anthropologue a avancé l’hypothèse que « l’inégal accès aux ressources alimentaires entre les hommes et les femmes pouvait favoriser la survie des femmes de petite taille » [14]. Si l’inégale répartition des denrées alimentaires a pu entraîner des différences physiques, la propension des hommes à consommer davantage de viande que les femmes plus de 40% des hommes consomment au moins 500 grammes de viande par semaine contre un quart des femmes en France est à appréhender sous une perspective constructiviste et non essentialiste.

La division sexuelle du travail que Levis Strauss a été le premier à « conceptualiser comme un ordre social »[15] peut en partie apporter un élément explicatif concernant le privilège de la viande comme consommation majoritairement masculine. La division homme chasseur et femme cueilleuse a longtemps fait l’objet de « justifications physiologiques » [16] avançant comme idée qu’il était plus naturel pour les hommes d’aller chasser que pour les femmes compte tenu de leur masse musculaire. Néanmoins nombre de scientifiques tel que l’anthropologue P. Tabet a mis en évidence l’inégal accès voir l’interdiction pour les femmes aux armes, aux outils, entre les genres servant à l'abattage des animaux entraînant ainsi une différenciation quant à la consommation ultérieure de ces animaux. Autrement dit, le contrôle des armes et du savoir du maniement des armes par les hommes permettrait le contrôle de la viande abattue et donc de l'alimentation qui en découle et plus généralement le contrôle du corps féminin. Cette thèse est corroborée par l’écrasante majorité de chasseurs masculins qui selon la fédération nationale des chasseurs, serait constituée en Franceà 98% d’hommes. Ainsi, « la viande et les protéines en général ne sont pas consommées par tous les membres d’une population équitablement »[17].

Cette affirmation est valable dans les pays occidentaux comme dans ceux du reste du monde. Une étude réalisée au sein de six campements ou population de chasseurs cueilleurs en Tanzanie a mis en évidence que la viande constituait « 40% du régime alimentaire des hommes »[18] contre 1% de celui des femmes. Au Kenya, l’inégal accès à la viande se justifie par le fait que les hommes se considèrent comme des « gourmets » contrairement aux femmes auxquelles on donne le morceau de viande le plus mauvais. L’étude d’Harriet Whitehead sur les Seltmann de Nouvelle Guinée démontre que les femmes ont interdiction de consommer les ressources en protéines les plus courantes que sont les casoars et les porcs sauvages. Les hommes ont ainsi le monopole de la viande. G. Lacaze ayant étudié l’influence des relations genrées sur les pratiques alimentaires des Mongols à travers son article « le maigre féminin et le gras viril chez les Mongols » a mis en évidence une hiérarchie verticale quant à la répartition des parts alimentaires. « Les hommes, père et fils aînés, mangent le deež, le dessus, meilleur, alors que les femmes, les jeunes filles et les enfants partagent le fond du chaudron” »[19]. De plus, le « šüüs», mouton entier, est cuisiné par les femmes mais consommé uniquement par les hommes pour ses « qualités nutritives ».

Pour revenir en Occident, en Magne en Grèce, Margarita Xanthakou a constaté que « les femmes se privent de viande pour leurs maris ou leur fils »[20]. Ce comportement de privation est également observé pour les tomates. En ce sens, les femmes ne se privent pas seulement de viande, elles se privent de nourriture en général, l’acte de manger devient aussi un privilège.

Ainsi, la socialisation au sacrifice, à la privation semble constituer la condition nécessaire quant au monopole masculin concernant la consommation carnée différentielle et la banalisation de l’accès inégale entre les genres qui en découle. La difficulté quant à la déconstruction de l’inégale accès à la viande entre les femmes et les hommes réside comme nous l’avons en partie vu du caractère ancien de cette inégalité comme le montre notamment la thèse de Priscille Touraille énoncée auparavant.

Au XIXe siècle, en 1863 le docteur Edward Smith à l’occasion de « la première enquête nationale sur les habitudes alimentaires des Britanniques »[21] a révélé que la quantité de viande consommée était la différence majeure des habitudes alimentaires entre les hommes et les femmes.  En effet, après des recherches ultérieures « il apparut que dans le comté rural d’Angleterre, les femmes et les enfants mangent les pommes de terre et regardent la viande » [22]. Ainsi, si la domination masculine prive les femmes de l’acte de manger, elle les prive aussi de « la possibilité de choisir elle-même leur nourriture »[23].

Le contrôle des corps à travers le contrôle alimentaire se manifeste par une propension plus importante chez les femmes à avoir recours à un régime lorsqu’elles sont obèses comme l’a démontré Solenn Carof (2015) au sein de son article « le régime amaigrissant : une pratique inégalitaire ? »[24]. De plus, les femmes reçoivent davantage d’injonction que les hommes quant à la nécessité de maigrir dès l’adolescence, les normes de minceur sont plus importantes et elles subissent ainsi un contrôle et un autocontrôle permanent concernant leur alimentation. « Les femmes se privent plus de manger que les hommes [...] les hommes de leur côté, manifestent une certaine complaisance pour leur masse graisseuse quand celle-ci semble confirmer la puissance virile de leur corps »[25].

Nora Bouazzouni dans son ouvrage Steaksisme corrobore cette pensée en ajoutant l’idée selon laquelle la minceur fait partie du capital culturel chez les femmes. En effet, être mince serait un symbole de réussite et mettrait en lumière la capacité qu’un individu à prendre en main son existence. Néanmoins cette injonction au corps mince aurait une classe : « les filles des classes supérieures ont 1,6 fois plus de risque d'être touchées [d’anorexie] que les filles d’ouvriers et celles de classes moyennes 1,3 fois »[26]. De plus, la nécessité pour une femme d’acquérir et de construire un corps mince est mise en œuvre dès l’enfance dans l’éducation différentielle. Un article du New York Times datant de 2014 nommé « google tell me is my son a genius »[27] expose le constat suivant : Les parents seraient deux fois plus nombreux à chercher sur google « ma fille est-elle en surpoids ? » que « mon fils est-il en surpoids ? » A contrario la tendance s’inverse quand il s’agit du quotient intellectuel : « mon fils est-il surdoué ? » est recherché deux fois plus que « ma fille est-elle surdouée » ? « Parents are two and a half times more likely to ask “Is my son gifted?” than “Is my daughter gifted?” »[28].

Ainsi, la viande est un privilège masculin en ce sens que sa consommation est largement masculine. La satiété apparait également comme un privilège masculin « la conscience des femmes dans les pays occidentaux [...] est dominée par l’envie de manger et la sensation de faim » [29]. Compte tenu du fait que tel que l’écrit la sociologue Solène Carof, « le régime alimentaire est comme le régime politique un mode de gouvernance »[30] , la préservation des privilèges alimentaires s’exerce à travers une violence concrète, matérielle, physique et psychologique et pas simplement symbolique comme l’écrit Pierre Bourdieu dans la domination masculine où la femme internalise en se privant que son existence est moindre par rapport aux hommes. Si Virginia Woolf dans Une chambre à soi[31] exposait la nécessité afin qu’une femme puisse s’émanciper d’acquérir une chambre, de l’argent et du temps, « un met à soi » semble s’ajouter à la table de ces composants essentiels à la liberté féminine et l’égalité des genres. De plus, si la viande est un privilège masculin, elle est aussi un privilège de classe et d’ethnies. « La hiérarchie des protéines carnées renforce la hiérarchie de la race, de la classe et du sexe »[32].

Néanmoins, ce n’est pas seulement la viande qui est un privilège masculin mais l’acte de manger en lui-même est un privilège masculin nourrit par les représentations collectives, les images, et notre imaginaire occidental.

Le terrain

Méthodologie

Afin de mener à bien ma recherche et de comprendre comment l’alimentation carnée structure les rapports sociaux de genre, j’ai choisi de mettre en œuvre une étude qualitative basée sur 8 entretiens semi directifs réalisés à distance. Ce choix métrologique s’inscrivait dans une volonté d’apporter un cadre fertile à l’éclosion de réponse spontanée et subjectives afin d’analyser non seulement le contenu mais également le contenant des messages véhiculés (les silences, les hésitations, le timbre de la voix etc…). Cette étude de terrain a été menée entre janvier et avril 2022.

Concernant le choix de la population et la construction de l’échantillon deux éléments majeurs ont varié : le genre et/ou sexe et l’appartenance ou non à la Cagette le supermarché coopératif présent à Montpellier proposant une manière de consommer différente tant dans les produits (majoritairement bio et locaux) que dans l’organisation du magasin, dans sa tenue (la cagette est un supermarché autogéré). En somme, il paraissait nécessaire — afin de cerner si l’alimentation carnée structure les rapports sociaux de genre ou non — d’une part de choisir une parité en termes de sexe au sein des participants et des sujets et d’autre part de choisir des individus membre du supermarché coopératif qu’est la cagette. En effet, ce dernier élément permettait par extension de faire varier la sensibilité à l’environnement puisque l’ensemble des membres de la cagette interrogé croyait fermement en une catastrophe écologique en cours. L’âge a également été un facteur variant puisque les sujets des 8 entretiens semi directifs avaient entre 18 et 90 ans. Les entretiens semi directifs ont en moyenne duré environ 35 minutes. Une grille d’entretien divisé en 4 rubriques : données bibliographiques, habitudes alimentaires, sensibilité à l’environnement et rapport au genre était utilisée comme support.

En somme, l’objectif de ce terrain était de comprendre si d’une part les pratiques alimentaires carnées variaient en fonction du genre et d’autres part d’analyser leur représentation quant à l’association entre consommation de viande et masculinité.

Les résultats des pratiques alimentaires carnées en fonction du genre 

La fréquence de consommation de viande en fonction du genre

Parmi les 8 sujets interrogés 4 étant biologiquement des hommes et 4 étant biologiquement des femmes la fréquence de consommation de viande par semaine diffère nettement en fonction du sexe. En moyenne, les femmes interrogées consomment 2,5 fois de viande par semaine. La moyenne des hommes interrogés concernant leur fréquence de consommation de viande est quant à elle de 4,25. Il est à noter que ces résultats sont basés sur la borne la plus faible d’intervalle de fréquence rapportée par les sujets concernant leur consommation de viande. Si on prend la borne la plus haute de l’intervalle qu’ils ont énoncé cette différence s’accentue et tombe à 5 fois par semaine pour les hommes et 3 par semaine pour les femmes. La consommation de légumes varie également en fonction du sexe. Toutes les femmes interrogées mangent tous les jours des légumes. Quant aux hommes deux n’en mangent que 3 jours par semaine.

Les habitudes alimentaires comme choix de vie

Si une consommation alimentaire différentielle semble être observée, 5 sujets sur 8 n’estiment pourtant pas être influencés par leur genre dans leur habitude de consommation alimentaire. « Les habitudes alimentaires sont un choix de vie influencé par ta façon de penser » indique le sujet 1 âgé de 18 ans. Le sujet 8 estime que non «  parce qu’on partage la même table » en faisant allusion aux habitudes de couples hétérosexuels dans son cas. Le sujet 7 quant à elle « ne croit pas du tout qu’il y ait un lien et ne voit pas le rapport ». Deux sujets sont cependant plus nuancés que les 3 venant d'être énoncés. Le sujet 5 ne « pense pas » que ses habitudes alimentaires soient influencées par son genre. Cependant, il évoque s'être « déjà retrouvé dans des repas où on fait des soirées entre hommes où c’est soirée côte de bœuf, viande, mais là-dedans, je m’y retrouve pas » me dit-il.  Il me partage également son imaginaire quant à l’alimentation genrée « est ce qu’on va aller dans le stéréotype du mec qui bouffe mal, qui boit des bières, qui se goinfre de chips, de pizza et qui aime pas cuisiner quand tu me poses cette question-là ça m’évoque ça ».  Le sujet 2 agé de 20 ans et étant non-binaire répond à cette question par « je dirais plutôt non, ça me parait pas évident » cependant iel rajoute pour nuancer son propos « si ça se trouve c’est lié et je le vois même pas. C’est sûr que les habitudes alimentaires sont influencées par l’éducation, mais moi j’ai pas eu une éducation très genrée, pour moi (ces habitudes) sont plus une conviction en tant qu’humain ». Les sujets 3, 4 et 6 estiment quant à eux qu’un lien existe entre le genre et l’alimentation.

Les habitudes alimentaires différentielles en terme quantitatif 

Le sujet 3 juste après la question a répondu « non je ne pense pas » puis après un silence s’est exclamé « si bien sûr, il y a un rapport à la bouffe qui est différent en terme quantitatif» « moi j’essaye de manger beaucoup et une de mes craintes c’est de maigrir ». Ainsi si la minceur est un capital culturel comme nous l’avons exposé auparavant au sein de l’ouvrage Steakisme de Nora Bouazzouni, la masse musculaire semble également être un capital culturel masculin.  Le sujet 4 dit quant à elle « je pense que oui, c’est très cliché mais je pense que les hommes ont souvent plus besoin de manger de la viande ». « Moi j’ai souvent été en coloc avec des gars qui me voyant cuisiner me disait mais tu vas manger quoi ? beh je mange ça, je mange une soupe ou des légumes au four ou des lasagnes aux légumes et ils me disaient mais non là tu manges pas elle est où la viande ? ça ça m’avait vachement marqué » L’aspect quantitatif au sein de la consommation alimentaire différentielle est également décrit par ce sujet. Ainsi, au regard de ces entretiens, la privation alimentaire serait une pratique féminine. La surconsommation alimentaire quant à elle serait une pratique masculine.

Ainsi, l’analyse de ces huit entretiens, menés au sein de ce travail d’étude sociologique, semble entrer en cohérence avec mes recherches théoriques. L’alimentation carnée serait majoritairement masculine. La restriction alimentaire que subissent les femmes et l’injonction à l’ingurgitation que subissent les hommes sont issus de rapport sociaux de genre visant à la différenciation.

Les résultats des entretiens concernant l’association entre la consommation de viande et la masculinité

A la fin de chaque entretien ma question portait sur leur avis concernant la citation suivante issue de l’ouvrage La politique sexuelle de la viande de Carol J Adams : « Les hommes qui décident de s’abstenir de viande sont jugés comme efféminés : la non consommation de chair de la part d’hommes proclame leur absence de masculinité »[33].  Ainsi, 3 sujets sur 8 établissent un lien clair entre la consommation de viande et l’affirmation de la masculinité. 1 sujet établit un lien implicite. Enfin, 3 sujets n’établissent pas de relations.

L'affirmation de la masculinité à travers le rapport quantitatif carné

Concernant les sujets composés de 2 hommes et d’une personne non-binaire qui établissent un lien clair entre la consommation de viande et la construction de la masculinité, le sujet 3 à propos de la citation énoncée a déclaré « je la trouve pas fausse [...]. C’est vrai qu’un plat où je vais me dire que j’ai beaucoup mangé c’est un plat où il y aura de la viande » . Ainsi, son propos fait écho à sa déclaration ultérieure où il affirmait que le rapport à la nourriture était différent entre les genres en terme quantitatif. En ce sens, on peut émettre l’hypothèse que selon lui, la satiété alimentaire n’est possible pour un homme qu’au travers de sa consommation de viande. La performance de la masculinité est exercée par le biais d’une consommation quantitative carnée différente de celle des femmes. Ainsi, plus on consomme de viande, plus on consomme l’imaginaire de la force qu’elle nous apporte et plus on devient mâle. À ce propos le sujet 6 dit « que le fait de manger de la viande, c’est faire du muscle »« L’idée de la viande qui transmet la force physique dérive de cette puissance symbolique »[34].

L’affirmation de la masculinité à travers la consommation de viande

Le sujet 2 de genre non-binaire et de sexe féminin a construit sa réflexion au fil de la discussion. Si iel commençait sa déclaration en affirmant « je ne pense pas que la masculinité passe par l’expression d’une virilité » iel a poursuivi sa pensée en me faisant part d’une expérience personnelle où un garçon à la suite d’une discussion sur le végétarisme avait fait preuve de violence quant à ce discours concernant l'arrêt de la consommation d’animaux morts. « Je me souviens de son regard sur nous les filles mais alors quand d’autres gars ont dit qu’ils étaient d’accord avec nous c’était la fin » . Ainsi, on peut émettre l’hypothèse que la manifestation de violence symbolique ou d’une violence physique de la part d’un homme née d’une discussion autour de la nécessité d'arrêter la consommation de la viande est la marque d’une remise en question identitaire concernant les moyens d’affirmation de sa masculinité. « La viande se fait le reflet du pouvoir masculin chaque fois qu’elle est consommée »[35].

L’héritage de l’imaginaire préhistorique quant à la performance de la masculinité au travers de la consommation de viande

Quant au sujet 1 âgé de 18 ans concernant son avis sur la citation a déclaré « c’est totalement vrai ». À ce propos il a fait part de son imaginaire de la préhistoire « pendant longtemps les hommes allaient à la chasse du coup c’était un symbole de virilité [...] ces idées ont été prônées pendant des millénaires ». Si au regard de découvertes archéologiques récentes et de la présence de féministe au sein des comités de chercheurs de la préhistoire on sait qu’il est faux historiquement d’affirmer une différenciation des tâches/ pratiques effectué entre les genres durant la préhistoires comme le met en évidence Marylène Patou Mathis au sein de son ouvrage « l’homme préhistorique est aussi une femme », l’imaginaire commun partagé par les occidentaux concernant l’affirmation des genres durant cette période historique est celui des femmes qui partaient cueillir des plantes, des herbes, des fruits et des légumes et des hommes qui partaient chasser muni de divers outil. « Dès les origines, selon certains archéologues et anthropologues, les hommes partaient à la chasse et les femmes à la cueillette, puis, de retour au campement, partageaient la nourriture rapportée par chacun »[36]. Cependant, la préhistorienne ajoute « on ne peut exclure que dans certaines sociétés du paléolithique européen, les femmes participaient à toutes les étapes de la chasse »[37]. De plus, « dans les sociétés récentes de chasseurs cueilleurs les femmes participaient à la chasse de maintes façons ». Ainsi, on peut émettre l’hypothèse que le monopole masculin de l’élaboration de la préhistoire a construit une représentation des femmes de cette époque calquée sur des représentations masculines. De plus, cette évocation de l’imaginaire préhistorique à l’énonciation de la citation de la politique sexuelle de la viande est également présente chez le sujet 6 âgé de 49 ans : « cela me fait penser aux histoires de la préhistoire avec l’homme qui va chercher le gibier, [...] à ces stéréotypes ».

 

Les mythes du pouvoir viril de la viande

« Real men eat meat » [38]

L’imagination et la narration d’histoire, de récits collectifs et individuels est la composante nécessaire à la pérennité de l’humanité. « L’imagination et la fiction ne sont pas de simples attributs de l’espèce, mais constituent sa présence même au monde » [39]. Extérioriser sa trace, son existence, sur des grottes, des pixels sur Tik Tok, sur un pinceau ou du textile laisser le temps s’écouler pour inviter une altérité postérieure à sa présence au monde raconter le récit de soi, tel est le propre de l’humain. À l’image de l’oxygène qui remplit nos poumons et nous donne la possibilité physique de vivre, nous respirons continuellement des récits et des mythes nécessaires au développement de soi et du collectif. Autrement dit, le mythe est un des moyens de véhiculer l’histoire et donc de cimenter la communauté dans l’espace et le temps, il est une des premières manifestations de la naissance de l’humanité. 

Un des mythes s’articulant autour de l’alimentation est celui de Métis. En effet, Dans l’ouvrage La politique sexuelle de la viande Carol J. Adams met en lumière le mythe de Zeus et Métis comme potentiel imaginaire commun occidental amenant à déshumaniser la femme afin de pérenniser le système de domination masculin. « Le modèle consistant à consommer une femme après l’avoir violée, se fonde sur l’histoire de Zeus et de Métis » [40] En ce sens, l’histoire de Zeus et de Métis est la suivante : Zeus convoitait Métis, cette dernière lui échappait en se métamorphosant jusqu'à ce qu’il l’attrape et qu’elle tombe enceinte. Zeus s'unit ainsi à Métis. Cependant, suite aux déclarations d’oracles qui présageaient qu’un fils enfanté par Métis détrônerait Zeus si ce dernier ne la mangeait pas Métis fut avalée par Zeus et ce dernier accoucha d’Athéna.

Si les mythes permettent de rassembler les individus autour de symboles communs, le mythe de Métis retranscrit l’idée selon laquelle l’accomplissement d’un désir masculin hétérosexuel est celui de l’appropriation totale du corps féminin à travers son ingurgitation.

De plus, au sein de ce mythe, le consentement de Métis quant à l’acte sexuel avec Zeus n’est pas pris en compte. En ne respectant pas le désir de Métis, Zeus pérennise la culture du viol et transmet la croyance erronée et dévastatrice suivante : le non peut être oui. Ainsi, selon ce mythe les vrais hommes ne mangent pas seulement de la viande ils mangent également la femme. Si ce mythe connaît une reconnaissance relative de la part du grand public, son impact et ses manifestations traversent nos existences tactiles et nos expériences citadines.

Dans le premier épisode du « Cœur sur la table » podcast créé en 2021 par Victoire Tuaillon, Stéphane Rose essayiste et journaliste français met en évidence qu’une des acceptions du terme « maqué » ou « être maqué » familièrement employé pour désigner le fait d'être en couple signifie en réalité être mangé. L’autre acceptation fait référence, quant à elle, au « maquereau ». Si l’accomplissement amoureux est celui d'ingurgiter notre partenaire, et donc de le considérer par les mots que l’on emploie comme un animal comestible, on peut s'interroger sur l’extension de cette pratique aux autres liens relationnels, notamment celui que l’humain entretient avec la nature.

Le documentaire Arte L’homme a mangé la terre[41] réalisé par Viallet (2019), par sa simple appellation en est l’image. Si au sein du vocabulaire amoureux employé existe un désir anthropophagique nécessitant la négation de l’humanité de l’altérité, afin de le consommer, comme le met en évidence Adams dans la politique sexuelle de la viande, à travers le concept de référent absent, l’espace urbain et tactile que nos corps traversent est peuplé d’images où des corps féminins sont animalisés pour mieux les avaler.

De plus, l’expression avoir le sentiment d'être pris pour « un morceau de viande » traduit le mécanisme par lequel le corps des femmes est déshumanisé et animalisé afin de mieux le contrôler, le maîtriser et le « cuire » selon ses désirs. À ce propos le groupe de pop française « LEJ » a écrit une chanson nommée « la dalle » dénonçant — en endossant le rôle de celui qui consomme la chair — la manière dont les femmes étaient couramment réduites à un aliment consommable à travers des remarques à répétitions sexistes et dégradantes sur leur corps et leur manière de s’habiller. « J'la prendrai à point... À point. J'la prendrai à point... À point. Sur place ou bien à emporter, je te ferai tourner du bout de mes doigts. Douce naïveté, sans vouloir t'offenser, tu ne resteras que mon encas »[42].

De plus, la publicité Orangina mettant en scène des animaux sexualisés où la femme est déshumanisée au profit d’une animalisation avec pour slogan « naturellement pulpeuse »est l’image de la vivacité du mythe tragique de Métis.  En 2015, une publicité lancée par la chaîne Côté viande exposée dans l’est du Val d’Oise montrait une femme en sous-vêtement portant une pièce de viande avec pour slogan « retrouvez les meilleurs plans crus près de chez vous ! ».

Si l'appétit d’un homme et sa faim sont jugées légitimes, si l’homme mange symboliquement volontiers la femme, une femme qui a faim semble dangereuse ; « les appétits sexuels des femmes doivent être contrôlés car ils menacent d’épuiser et de dévorer le corps et l'âme de l’homme »[43]. En effet, au sein de la Bible première fiction judéo-chrétienne, Eve qui choisit de transgresser la volonté de Dieu en mangeant la pomme est punie et condamnée à la privation, la soumission, la douleur, et l’enfantement. Eve serait donc l’image de cette culture de la privation alimentaire féminine où manger représente un danger, une lutte, un combat elle est « représentative du mécanisme social et culturel qui perdure jusqu'à aujourd'hui, et qui consiste à contrôler la nutrition et l’appétit des femmes »[44].

Les mythes accentuent donc le fait que manger est un privilège masculin.

Ainsi, si les mythes alimentant nos imaginaires s’inscrivent dans le réel, les croyances autour des individus végétariens imprègnent nos représentations.

En 1906, Irving Fisher compara l’endurance entre les athlètes mangeurs de chairs et les athlètes végétariens. Il en arriva à la conclusion que « les végétariens, qu'ils soient ou non des athlètes, possédaient une meilleure endurance que les mangeurs de chairs » [45]. De plus, « Même le record maximal des consommateurs de viande dépassait à peine la moitié de la moyenne pour les participants s’abstenant de chair »[46].

Ainsi, la représentation répandue selon laquelle être végétarien nous rendrait plus faible physiquement est remise en question à travers cette expérience.

En ce sens, il paraît légitime de s'interroger sur les facteurs qui alimentent cette idée reçue : l’association essentialiste entre la proximité des femmes avec la nature et le langage. 

Imaginaire autour des végétariens : l’association essentialiste entre la proximité des femmes avec la nature et analyse sociolinguistique

« La différence qu’il y a entre l’homme et la femme est celle qu’il y a entre l’animal et la plante. L’animal correspond davantage au tempérament masculin, la plante davantage à celui de la femme car la femme a davantage un développement paisible »[47].

Malgré la hargne avec laquelle Simone de Beauvoir dans son ouvrage le Deuxième sexe[48] a démontré la dimension constructiviste des rapports sociaux de genre avec cette phrase fondatrice « on ne naît pas femme on le devient », l’idée selon laquelle la femme serait plus proche de la nature que l’homme semble perdurer dans les sociétés occidentales. Charles Baudelaire écrivait « la femme est naturelle c’est à dire abominable »[49]. Jules Renard quant à lui ajoutait « Appelons la femme un bel animal sans fourrure dont la peau est très recherchée ».

Le caractère essentialiste de la proximité de la femme à la Nature et donc de la consommation végétale — a traversé les cultures occidentales et les années. En effet, comme le met en lumière Susan Griffin (2019) dans son ouvrage La Femme et la nature[50], nombre de penseurs ayant forgé nos représentations et nos grilles d’analyse tels que Sartre, Hegel, Descartes ou Kant se sont évertués à construire une opposition entre nature et raison, conscience et liberté où la dichotomie femme nature et homme culture est présente.

Nonobstant, en occident, l’association de la femme et la terre est séculaire, la littérature de la renaissance notamment contient « des centaines d’images associant la nature, la matière et la terre au sexe féminin. La terre était vivante et considérée comme une femme bienfaisante, sensible et nourricière »[51]. Enfantant en son sein les êtres de demain, l’imaginaire occidental de la terre est celui d’une mère nourrissant le vivant. De plus, la pensée animiste de l’époque à l’égard de la nature favorisait l’émergence d’une image personnifiée de la faune et de flore.

Cependant, si l’origine de toute forme vivante est celle du ventre de la terre, comment les femmes nourries par cet imaginaire peuvent-elles se nourrir des mets qu’elles ont elles-mêmes enfantées ? Existe-t-il un lien entre la personnification féminine de la terre et les luttes majoritairement composées de femmes de défense de la terre et des droits animaux ?

Notre imaginaire collectif occidental est ainsi peuplé d’images de femmes proches de la nature « les images d’une connexion particulière entre les femmes et la nature pullulent »[52] tel que dans les films « Pocahontas », « Avatar », « Vaiana » ou même dans « Cendrillon », où il ne nous parait pas incohérent qu’une femme puisse discourir avec des oiseaux et des souris. En revanche, on s’étonnerait très certainement de trouver un homme s’atteler à de telles activités. Susan Griffin (2019) évoque cette idée en écrivant « Et lorsque nous apprenons, dans le chant Navajo de la montagne, qu’un homme adulte s’assoit pour fumer avec les ours et qu’il suit les indications que lui donnent les écureuils nous sommes surpris : nous pensons que seules les petites filles parlaient aux animaux »[53].

Ainsi, l’association femme et nature est une construction sociale, elle n’est donc pas universalisable. Dans son ouvrage Masculin/Féminin. La pensée de la différence[54], Françoise Héritier met en évidence que chez les Inuits, l’homme est associé à la nature, au froid et au cru tandis que les femmes à la culture au cuit et au chaud. Cette association est également observée chez les Siriono du Brésil. Néanmoins, en France, parmi les végétariens 72% sont des femmes et 28 % sont des Hommes selon une étude menée par les plateformes de repas Seazon et FoodCheri reprise par Bertrand (2018)[55].

Si un des facteurs pouvant expliquer cet écart est la crainte pour l’homme d'être émasculé et donc de perdre son identité de genre, les symboles, images et représentations alimentent cet écart. En effet, « nous nous nourrissons de nutriments mais aussi d’imaginaire »[56]. Dans « La dialectique de la raison », Theodor Adorno et Max Horkheimer (1974) écrivent « La femme en tant que représentante de la nature est devenue un symbole énigmatique[57] [...], le symbole de la fonction biologique de la nature »[58]. Ainsi, à l’image de l’aphorisme du gastronome Jean-Anthelme Brillat-Savarin, si je suis ce que je mange, je mange également ce que je suis. Si en tant que femme nous sommes considérées symboliquement dans les sociétés occidentales comme davantage proches des plantes (comme l’écrit Hegel) ces imaginaires vont se traduire dans le réel.

En ce sens, il n’est pas étonnant de constater comme nous l’avons montré dans la première partie de cette grande partie une consommation de viande plus élevée chez les hommes que chez les femmes. En effet, le rapport de l’ANS de juin 2017[59] a mis en évidence que les hommes en France mangent deux fois plus de viande que les femmes. Ainsi, une des manières de réduire la consommation de viande au sein d’un pays qui est selon le GIEC, responsable de 14% des émissions de gaz à effet de serreest de créer de nouveaux récits où les films, les livres, les photographies diffuseraient des images où des garçons et des filles seraient proches de la nature et contribueraient à son épanouissement, sa protection et sa pérennité.

Néanmoins, nos imaginaires sont construits également par notre langage et en étudiant leur étymologie nous étudions leur origines et l’impact de leur passé sur le présent.

En anglais, selon l’American Heritage Dictionary « le mot meat représente l’essence ou la part principale de quelque chose »[60] . On dit par exemple « the meat of the matter » signifiant le fond du problème. De plus, l’utilisation « to beef up » quelque chose beef signifie bœuf — signifie l’améliorer, le muscler, le renforcer.  En français viande vient du latin vivenda signifiant « ce qui sert la vie ».

La viande en anglais ou en français est donc associée à la profondeur, l’essentiel, ce qui est primordial pour avancer, se développer et grandir paisiblement.

Bien que le terme légume étymologiquement vient du latin « legumen » signifiant plante à gousse, « être un légume » est une expression qui implicitement fait comprendre à l’auditeur que consommer un légume c’est être un légume donc c’est devenir mou, inactif. En effet, selon la loi de contagion principe composant la magie sympathique conceptualisé par les ethnologues Edward Tylor et James George Frazer au XIXe « en absorbant un aliment, j’en acquiert les propriétés et les vertus »[61].

Dans cette logique, si je mange de la viande je choisis la vie plutôt que la mort de l'âme, l’activité à la passivité, l’amélioration à la régression. De plus, végéter dans le sens moderne signifie mal pousser, croître avec difficulté. Être dans un état végétatif définit une personne comportant une « absence de toute activité consciente décelable alors même que le sujet est en état de veille » (Larousse)[62]. Ainsi au sein de notre langage manger des légumes ne rendrait pas seulement inactif mais également inconscient, cela nous déshumaniserait.

Cette pensée est corroborée par l’idée reçue et la croyance erronée selon laquelle « les végétarien.nes et les véganes sont faibles et apathiques, car en s’abstenant de manger de la viande ils et elles n’absorberaient pas la force de l’animal » [63]. De plus, selon Carol J. Adams « Le mot légume fait office de synonyme pour la passivité des femmes, car celles-ci sont censées ressembler à des plantes » [64].

 

Conclusion

En somme, à travers les pratiques alimentaires se sculptent nos corps, nos aspirations, nos espérances et le monde que nous construisons. « Les corps sont des textes où les différents régimes de pouvoir ont inscrit leurs prescriptions »[65]. Les corps portent en eux les marques physiques ou psychologiques des systèmes d'oppressions, des violences, des peines, des plaisirs régis et orchestrés en partie par le mode de gouvernance qu’est le régime alimentaire. 

Au regard des éléments théoriques et de terrain, l’hypothèse selon laquelle l’alimentation carnée structure les rapports sociaux de genre semble être confirmée. Les mythes du pouvoir viril de la viande relégués à travers la publicité ou les médias en généraux véhiculent l’image selon laquelle les codes alimentaires diffèrent en fonction de notre genre. À l’image des coutumes vestimentaires variant selon le genre où les hommes préfèrent davantage porter des pantalons que des robes, la nourriture est un habillage reflétant la volonté des groupes sociaux de se différencier de leur genre opposé. La viande n’est pas qu’un simple animal mort, la viande n’est pas qu’une substance, son ingurgitation davantage masculine que féminine en France est le continuum de pratiques alimentaires de la masculinité hégémonique. Autrement dit, sans chair animale on ne peut être homme car la chair animale véhicule la force nécessaire au maintien de la virilité. La viande structure l’ordre alimentaire genrée où la gouvernance s’exerce par la substance alimentaire avalé par sa quantité et par la charge mentale alimentaire s’immisçant majoritairement dans l’esprit des femmes.

À l’heure de la sixième extinction de masse où les émissions de gaz à effet de serre des hommes seraient supérieure de 41% à celle des femmes « en raison de différence dans la consommation de viande »[66], l’enjeu serait d’arriver à dessiner de nouvelles toiles, des contres récits où la tragédie d’Eve est réinventée au profit d’un être ensemble connectif que procurent les mets partagés. « Dès qu’elle aura mangé le fruit sa taille se développera, elle grandira, ses pieds ne quitteront pas le sol tandis que son front touchera les étoiles […] ses yeux deviendront pales comme des lunes, elle aura la connaissance [67].

 

 

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[1] GERMAIN S., L’Enfant Méduse, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1991, p. 41.

[2] OECD., « Balancing paid word, unpaid work and leisure », 2018. URL : https://www.oecd.org/gender/balancing-paid-work-unpaid-work-and-leisure.htm (consulté le 31/03/23)

[3] DE SAINT POL T., « Les évolutions de l’alimentation et de sa sociologie au regard des inégalités sociales », Revue l’année sociologique, n°67, 2017/1, pp. 11-22.

[4] BARTHES R., « Pour une psycho-sociologie de l’alimentation contemporaine », Annales. Economies, sociétés, civilisations, n°5, 1961, p. 979.

[5] LEVIS-STRAUSS C., Mythologie **** L’Homme nu, Paris, Plon, 1971.

[6] BARTHES R., Mythologies, Paris, Points, 2014 (1957).

[7] PEASE B., « Masculinisme, changement climatique et catastrophes produites par les hommes. Vers une réponse environnementale proféministe » in Nouvelles questions féministes, Lausanne, Antipodes, 2021.

[8] MORALDO D., « Raewyn Connell, Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie », 2014, pp. 1-11. URL :  https://journals.openedition.org/lectures/13753 , (consulté le 31/03/23)

[9] DIASO N, FIDOLINI V., « Garder le cap. Corps, masculinité et pratiques alimentaires à l’âge critique »

[10] FOURNIER T, JARTY J, LAPEYRE N, TOURAILLE P, « L’alimentation, arme du genre », Journal des anthropologues, 140-141, 2015, pp 19-49.

[11] CARDON P, DEPECKER T, PLESSZ M. Sociologie de l’alimentation, Paris, Armand Colin, 2019.

[12] HAICAULT M., « La charge mentale. Histoire d’une notion charnière (1976-2020), 2020, pp. 1-3. URL : https://hal.science/hal-02881589/document (consulté le 1/04/23).

[13] BOURDIEU P., La distinction : critique sociale du jugement, Paris, Edition de Minuit, 1979.

[14] SALL R., « A qui profite le steak », in La déferlante, Paris, 2021

[15] FOURNIER T, JARTY J, LAPEYRE N, TOURAILLE P., op. cit., p. 25.

[16] BRIGHTMAN R., « The sexual division of foraging Labor : Biology, Taboo and Gdenr Politics », Comparative Studies in Society and History, n°4, 1996, pp. 687-729.

[17] FOURNIER T, JARTY J, LAPEYRE N, TOURAILLE P., op. cit., p. 30.

[18] Idem, p. 31

[19] LACAZE G., « Le maigre féminin et le gras viril chez les mongols », Journal des anthropologues, n°140-141, 2015 pp.173-191

[20] FOURNIER T, JARTY J, LAPEYRE N, TOURAILLE P., op. cit., p. 31

 

[21] ADAMS C. J., La politique sexuelle de la viande : une théorie critique féministe végétarienne. Lausanne, L’âge d’homme, 2016 (1990) p. 72.

[22] Idem, p. 73.

[23] BENAZET HEUGENHAUSER E., « Les femmes qui mangent sont dangereuses » in La Déferlante, Paris, 2021, p. 106.

[24] CAROF S., Le régime amaigrissant : une pratique inégalitaire ? », journal des anthropologues, n°140-141, 2015, pp. 213-233.

[25] FOURNIER T, JARTY J, LAPEYRE N, TOURAILLE P.,  op. cit., p. 38.

[26] BOUAZZOUNI N., Steaksisme, Paris, Nouriturfu, 2021, p. 33.

[27] STEPHENS-DAVIDOWITZ S., « Google, Tell me. Is my son a genius ? » The New York Times, 2014, URL : https://www.nytimes.com/2014/01/19/opinion/sunday/google-tell-me-is-my-son-a-genius.html (consulté le 4/04/23)

[28] Ibidem

[29] FOURNIER T, JARTY J, LAPEYRE N, TOURAILLE P.,  op. cit., p. 40.

[30] CAROF S., op. cit., p. 213.

[31]   WOOLF V., Une chambre à soi, Paris, 10/18, coll. « Bibliothèques 10-18 », 2001 (1929).

[32] ADAMS C. J., op. cit., p. 75.

[33] Idem, p. 81.

[34] Idem, p. 15.

[35] Idem, p. 315.

[36] PATOU-MATHIS M., L’Homme préhistorique est aussi une femme, Paris, Allary Editions, 2021, p. 140.

[37] Idem, p. 142.

[38] HOLLY BRUBACH BY., « Real men eat meat », The New York Times, 2008. URL : https://www.nytimes.com/2008/03/09/style/tmagazine/09brubach.html (consulté le 04/04/23).

[39] LOUVARD A., « Pourquoi les êtres humains se racontent-ils des histoires ? » in Socialter, Paris, 2020, pp. 34-37

[40] ADAMS C. J., op. cit., p. 103.

[41] VIALLET JR., « L’homme a mangé la Terre », ARTE, 2019. URL : https://boutique.arte.tv/detail/l-homme-a-mange-la-terre

[42] LEJ., « La dalle », 2015. URL : https://www.youtube.com/watch?v=RaK8HLqMPA8 (consulté le 04/04/23)

[43] BOUAZZOUNI N., Steaksisme, op. cit., p. 37

[44] BENAZET HEUGENHAUSER E., op. cit., p. 105.

[45] ADAMS C. J., op. cit., p. 80.

[46] Ibidem

[47] HEGEL G, W, F., Principe de la philosophie du droit, Paris, Gallimard, 2006 (1820), p. 205.

[48] DE BEAUVOIR S., Le deuxième sexe I, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 1976 (1949).

[49]  BEAUDELAIRE C., Mon cœur mis à nu, Paris, Robert Laffont, coll. « bouquins », 2004 (1887) p. 406.

[50] GRIFFIN S., La femme et la nature : le rugissement en son sein, Paris, Le pommier, 2021 (1978).

[51] HACHE E., Reclaim, Paris, Cambourakis, coll. « Cambourakis sorcières», 2016, p. 140.

[52] GRIFFIN S., op. cit., p. XI.

[53] Idem, p. 15.

[54] HERITIER F., Masculin/Féminin I : La pensée de la différence, Paris, Odile Jacob, coll. « Poche Odile Jacob », 2012.

[55] OBS., « en France, le végétarien est plutôt… une femme trentenaire », 2018. URL : https://o.nouvelobs.com/food/20180703.OBS9086/en-france-le-vegetarien-est-plutot-une-femme-trentenaire.html (consulté le 04/04/2023).

[56] BOUAZZOUNI N., op. cit., p. 13.

[57] HORKHEIMER M, ADORNO T., La dialectique de la raison, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1983 (1944), p. 84.

[58] Idem, p. 270.

[59] ANS., « Étude individuelle nationale des consommations alimentaires 3 (INCA 3) », 2017. URL : https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2014SA0234Ra.pdf (consulté le 04/04/23)

[60] ADAMS C. J., op. cit., p. 84.

[61] BOUAZZOUNI N., op. cit., p. 13.

[63] BOUAZZOUNI N., op. cit., p. 14.

[64] ADAMS C. J., op. cit., p. 86.

[65] FEDERICI S., Par-delà les frontières du corps, Paris, Divergentes, coll. « Hors collection », 2020, p. 77.

[66] RIPPIN HL. (dir.), « Variations in greenhouse gas emissions of individual diets : Associations between the greenhouse gas emissions and nutrient intake in the United Kingdom », Plos one, n°16, 2021, pp. 1-12.

[67] WITTIG M., Les Guérillères, Paris, Minuit, coll. « Double », 2019, (1969), p. 70-71.

 

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