N°9 / Utopies, dystopies et uchronies

Varia/ Les sciences sociales au travail du commun : le savant fait politique

Sébastien JOFFRES

Abstract

Le projet du commun vient s’opposer à deux ennemis. D’une part, le capitalisme avec son marché produit des inégalités, soumet les gens à ses objectifs de rentabilité, détruit les liens entre individus... D’autre part, l’État contrôle, rigidifie, gouverne... Dans ces deux logiques, la vie est gérée ailleurs que là où elle se déroule et par d’autres que ceux qui la vivent. Chacun est dépossédé de ce qui le concerne au profit de l’intérêt public défini par l’État et/ou du marché. En réponse, le terme « commun » porte cette revendication que l’ensemble des éléments naturels (l’eau, le gaz, la terre...) et artificiels (le langage, les espaces de vie, l’organisation du travail...) qui nous concernent soient notre propriété commune et soient gérés selon la voie d’une démocratie radicale. Ces éléments doivent être utilisés, entretenus, gouvernés et travaillés en commun sans qu’une instance supérieure à l’individu et aux communautés concrètes qu’il institue avec les autres, prétende les gérer. C’est un gouvernement par le bas, où les seuls entités de gestion et de décision peuvent être celles qui sont pensées, décidées, construites et animées par celles et ceux qui prennent part.

Abstract :

The project of the common is opposed to two enemies. On the one hand, capitalism with its market produces inequalities, subjects people to its profitability objectives, destroys links between individuals... On the other, the state controls, rigidifies and governs... In both logics, life is managed elsewhere than where it takes place, and by people other than those who live it. Everyone is dispossessed of what concerns them, to the benefit of the public interest defined by the state and/or the market. In response, the term “common” demands that all the natural (water, gas, land, etc.) and artificial (language, living spaces, organization of work, etc.) elements that concern us should be our common property, and should be managed according to the principles of radical democracy. These elements must be used, maintained, governed and worked on in common, without any authority higher than the individual and the concrete communities he or she establishes with others, claiming to manage them. It's a government from below, where the only management and decision-making entities can be those that are thought out, decided, built and animated by those who take part.

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<div class="WordSection1"> <p style="margin-left: 0cm; margin-right: 0cm;"><em><strong>VARIA</strong></em></p> <p style="margin-left: 0cm; margin-right: 0cm;"><em><span style="font-size:12pt">Par S&eacute;bastien Joffres,&nbsp;</span><span style="font-size:12pt">Doctorant en sociologie, Universit&eacute; Paul-Val&eacute;ry Montpellier 3.</span></em></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Dans l&rsquo;histoire de la sociologie, les liens de notre science avec le politique ont &eacute;t&eacute; r&eacute;guli&egrave;rement questionn&eacute;s. Apr&egrave;s les p&egrave;res fondateurs posant un interdit quant &agrave; l&rsquo;action politique du sociologue, plusieurs ont r&eacute;engag&eacute; cette r&eacute;flexion pour en proposer diverses traductions. Nous pensons &ndash; pour ne citer qu&rsquo;eux &ndash; &agrave; Pierre Bourdieu, Alain Touraine, Bruno Latour, Michael Burawoy... Pour la discipline, cette question est bien fondamentale. Les r&eacute;ponses que nous lui apportons viennent dire selon quelles conditions le sociologue entend produire des discours et quelle(s) validit&eacute;(s) nous pouvons leurs accorder. Elles d&eacute;finissent aussi la place du chercheur dans l&rsquo;ordre du monde et sa construction.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Avec un peu d&rsquo;imagination, nous pouvons dire que si Weber a laiss&eacute; derri&egrave;re lui <i>Le savant et le politique</i>, alors Pascal Nicolas-Le Strat l&egrave;guera <i>Le savant fait politique</i><a name="_ftnref1"></a><a href="#_ftn1" title=""><span style="color:blue">[1]</span></a>. Il travaille aussi ce chantier<a name="_ftnref2"></a><a href="#_ftn2" title=""><span style="color:blue">[2]</span></a> en y d&eacute;veloppant une version originale et radicale de la r&eacute;ponse &agrave; la question &eacute;pist&eacute;mologique qui devient sous sa plume &laquo;&nbsp;&eacute;pist&eacute;mopolitique&nbsp;&raquo;<a name="_ftnref3"></a><a href="#_ftn3" title=""><span style="color:blue">[3]</span></a>. Dans le cadre du projet politique des communs &ndash; qui se pose comme voie alternative &agrave; l&rsquo;&Eacute;tat et au capitalisme &ndash; il propose que le chercheur et avec lui les sciences sociales, soit pleinement partie prenante de la construction de cette nouvelle voie. Ce n&rsquo;est plus en tant qu&rsquo;expert ou bien qu&rsquo;intellectuel avant-gardiste qu&rsquo;il participe &agrave; la construction d&rsquo;un futur d&eacute;sirable. Il ne pose pas un discours &agrave; distance, d&eacute;cr&eacute;tant ce qui devrait &ecirc;tre. C&rsquo;est en tant qu&rsquo;acteur, apportant les outils de la recherche, selon une certaine &eacute;thique ou &eacute;pist&eacute;mopolitique, qu&rsquo;il contribue au m&ecirc;me titre que les autres, &agrave; fonder les communs dans le cadre d&rsquo;exp&eacute;rimentations de modes de vie, de collaboration, de travail, d&rsquo;intervention... Le chercheur n&rsquo;est donc plus missionn&eacute; ou bien int&eacute;ress&eacute; &agrave; distance. Il participe en tant que citoyen concern&eacute;. Nicolas-Le Strat propose donc d&rsquo;inscrire les sciences sociales au c&oelig;ur d&rsquo;un projet de soci&eacute;t&eacute;.</span></span></span></span></p> <h1>Construire les communs</h1> <h2>Nous communons<a href="#_ftn4" title="">[4]</a></h2> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:black">&laquo;&nbsp;Le commun, en tant que principe politique, laisse esp&eacute;rer une r&eacute;appropriation collective des questions qui nous concernent en commun&nbsp;; en tant que forme de gouvernement, il garantit que les biens et services d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t collectif seront bel et bien administr&eacute;s en commun, sur une base d&eacute;mocratique&nbsp;&raquo;<a name="_ftnref5"></a><a href="#_ftn5" title=""><span style="color:blue">[5]</span></a>.</span></span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Le projet du commun vient s&rsquo;opposer &agrave; deux ennemis. D&rsquo;une part, le capitalisme avec son march&eacute; produit des in&eacute;galit&eacute;s, soumet les gens &agrave; ses objectifs de rentabilit&eacute;, d&eacute;truit les liens entre individus... D&rsquo;autre part, l&rsquo;&Eacute;tat contr&ocirc;le, rigidifie, gouverne... Dans ces deux logiques, la vie est g&eacute;r&eacute;e ailleurs que l&agrave; o&ugrave; elle se d&eacute;roule et par d&rsquo;autres que ceux qui la vivent. Chacun est d&eacute;poss&eacute;d&eacute; de ce qui le concerne au profit de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t public d&eacute;fini par l&rsquo;&Eacute;tat et/ou du march&eacute;. En r&eacute;ponse, le terme &laquo;&nbsp;commun&nbsp;&raquo; porte cette revendication que l&rsquo;ensemble des &eacute;l&eacute;ments naturels (l&rsquo;eau, le gaz, la terre...) et artificiels (le langage, les espaces de vie, l&rsquo;organisation du travail...) qui nous concernent soient notre propri&eacute;t&eacute; commune et soient g&eacute;r&eacute;s selon la voie d&rsquo;une d&eacute;mocratie radicale. Ces &eacute;l&eacute;ments doivent &ecirc;tre utilis&eacute;s, entretenus, gouvern&eacute;s et travaill&eacute;s en commun sans qu&rsquo;une instance sup&eacute;rieure &agrave; l&rsquo;individu et aux communaut&eacute;s concr&egrave;tes qu&rsquo;il institue avec les autres, pr&eacute;tende les g&eacute;rer. C&rsquo;est un gouvernement par le bas, o&ugrave; les seuls entit&eacute;s de gestion et de d&eacute;cision peuvent &ecirc;tre celles qui sont pens&eacute;es, d&eacute;cid&eacute;es, construites et anim&eacute;es par celles et ceux qui prennent part.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Cette d&eacute;mocratie doit &ecirc;tre participative en ce que chacun puisse s&rsquo;exprimer &agrave; partir de son exp&eacute;rience de vie et contributive<a name="_ftnref6"></a><a href="#_ftn6" title=""><span style="color:blue">[6]</span></a> en ce que chacun puisse proposer &agrave; partir de ce qu&rsquo;il exp&eacute;rimente. Il s&rsquo;agit donc &agrave; la fois de discuter sur ces communs, mais aussi d&rsquo;essayer, de contribuer, d&rsquo;inventer, de se tromper... C&rsquo;est une d&eacute;mocratie du commun en ce que son principe g&eacute;n&eacute;ral est de g&eacute;rer en commun et une d&eacute;mocratie &laquo;&nbsp;des communs&nbsp;&raquo; en ce que cette logique se joue partout o&ugrave; les individus sont en mesure de la mettre en place<a name="_ftnref7"></a><a href="#_ftn7" title=""><span style="color:blue">[7]</span></a>. L&rsquo;horizon qu&rsquo;offre l&rsquo;auteur est celui d&rsquo;une globalit&eacute; pens&eacute;e selon le commun et qui soit constitu&eacute;e d&rsquo;une multitude de lieux, de projets effectivement pens&eacute;s et agis selon cette logique. Le commun est &agrave; la fois principe global et local. Nicolas-Le Strat pr&eacute;sente ce projet comme d&eacute;sirable et absolument n&eacute;cessaire pour notre &eacute;poque. Il le qualifie de &laquo;&nbsp;d&eacute;bo&icirc;tement radical&nbsp;&raquo;<a name="_ftnref8"></a><a href="#_ftn8" title=""><span style="color:blue">[8]</span></a>, de &laquo;&nbsp;d&eacute;calage&nbsp;&raquo;<a name="_ftnref9"></a><a href="#_ftn9" title=""><span style="color:blue">[9]</span></a>. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;appeler une troisi&egrave;me voix qui servirait de b&eacute;quilles aux deux autres, mais de proposer un voie alternative qui remplacerait les pr&eacute;c&eacute;dentes. Le commun est donc un horizon&nbsp;: il se conjugue au futur.</span></span></span></span></p> <h2>Nous communons</h2> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Une fois que nous avons dit cela, nous n&#39;avons rien dit du propos central de l&rsquo;auteur. Si le commun peut &ecirc;tre vu comme futur utopique, celui dont il parle principalement et qu&rsquo;il &eacute;tudie se conjugue au pr&eacute;sent. Il ne s&rsquo;agit pas de constater un pass&eacute; ou de regarder vers un avenir d&eacute;sirable, l&rsquo;encenser et prouver sa sup&eacute;riorit&eacute;. Il est question d&rsquo;&eacute;tudier comment se constituent les communs maintenant. C&rsquo;est cette activit&eacute;, de mani&egrave;re situ&eacute;e, dans des projets de vie en communaut&eacute;, des cr&eacute;ations artistiques, la gestion de squats, des interventions sociales, etc. que l&rsquo;auteur &eacute;tudie sous le terme de &laquo;&nbsp;travail du commun&nbsp;&raquo;. Il n&rsquo;est pas question d&rsquo;analyser comment les gens agissent ensemble (travail en commun), mais comment est-ce qu&rsquo;ils cr&eacute;ent les conditions, les r&egrave;gles et les dispositifs pour agir en commun.</span></span></span></span></p> <h3>Un constructivisme radical</h3> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:black">&laquo;&nbsp;[...] dans quels processus sommes-nous entra&icirc;n&eacute;s, voire emport&eacute;s&nbsp;? Dans nulle autre perspective que celle d&eacute;termin&eacute;e par nos coop&eacute;rations et collaborations&nbsp;&raquo;<a name="_ftnref10"></a><a href="#_ftn10" title=""><span style="color:blue">[10]</span></a>.</span></span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Le projet politique que d&eacute;fend l&rsquo;auteur n&rsquo;est en rien bas&eacute; sur une vision ontologique de l&rsquo;humanit&eacute; ou naturalis&eacute;e du monde. Le commun n&rsquo;est pas l&rsquo;essence de la vie en soci&eacute;t&eacute; ou bien des ressources naturelles. C&rsquo;est un construit. C&rsquo;est un choix. L&rsquo;auteur s&rsquo;inscrit donc dans une perspective politique radicalement constructiviste. Ce qui est mis au centre c&rsquo;est d&rsquo;une part le choix des modalit&eacute;s de l&rsquo;&ecirc;tre ensemble et d&rsquo;autre part leur r&eacute;alisation concr&egrave;te. Le projet des communs se justifie sur la base des&nbsp; critiques localis&eacute;es que portent des individus concrets se retrouvant &agrave; l&rsquo;encontre de l&rsquo;&Eacute;tat et du capitalisme. Il vient &agrave; l&rsquo;existence &agrave; travers ce que les gens mettent en place pour le vivre. Le commun n&rsquo;existe que parce que nous le construisons et non parce qu&rsquo;il s&rsquo;impose comme principe transcendant.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Le commun est au pr&eacute;sent politique&nbsp;: il ne s&rsquo;agit pas de l&rsquo;attendre pour demain, mais de le construire aujourd&rsquo;hui, au &laquo;&nbsp;rez-de-chauss&eacute;e de nos activit&eacute;s&nbsp;&raquo;<a name="_ftnref11"></a><a href="#_ftn11" title=""><span style="color:blue">[11]</span></a>, c&rsquo;est-&agrave;-dire dans les projets collectifs que nous pouvons porter, dans nos institutions de travail, dans nos relations quotidiennes. Le commun est aussi au pr&eacute;sent sociologique&nbsp;: il s&rsquo;agit de tracer sa constitution dans l&rsquo;activit&eacute; des militants. Le monde est abord&eacute; &agrave; travers les processus qui lui donnent consistance et l&rsquo;activit&eacute; des acteurs qui lui permet d&rsquo;exister. L&rsquo;auteur passe peu de temps en Histoire et consacre aussi peu de temps &agrave; d&eacute;finir l&rsquo;horizon utopique. L&rsquo;essentiel de son effort est de d&eacute;crire les micro-politiques du commun. Nous retrouvons ici la filiation F&eacute;lix Guattari. Le projet politique global n&rsquo;est qu&rsquo;en arri&egrave;re-plan. Ce qui compte principalement, c&rsquo;est la multiplication d&rsquo;initiatives qui localement tentent de construire autre chose de mani&egrave;re &agrave; faire bouger les lignes de forces. C&rsquo;est dans la d&eacute;multiplication de ces exp&eacute;riences mol&eacute;culaires que peut se trouver la force d&rsquo;un changement &agrave; un plus grand niveau.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Ces caract&eacute;ristiques constituent une dimension extr&ecirc;mement importante et stimulante du travail de Nicolas-Le Strat tant sur le plan sociologique que politique. Il y a dans son approche quelque chose d&rsquo;original. Il consacre par exemple un chapitre du <i>Travail du commun</i> &agrave; la capacitation<a name="_ftnref12"></a><a href="#_ftn12" title=""><span style="color:blue">[12]</span></a>. Il permet de mesurer le d&eacute;calage avec d&rsquo;autres approches. Il y critique certaines d&eacute;finitions de l&rsquo;<i>empowerment</i>, tr&egrave;s en vogues dans les politiques publiques et le travail social, qui d&eacute;crivent le pouvoir d&rsquo;agir comme quelque chose d&rsquo;ontologique. Du fait de ce caract&egrave;re, la capacitation est repouss&eacute;e &agrave; demain car doit se faire au pr&eacute;alable tout un travail de r&eacute;v&eacute;lation du pouvoir d&rsquo;agir. Les intervenants sociaux doivent accompagner les usagers &agrave; trouver en eux ce pouvoir avant d&rsquo;en faire usage. Or, l&rsquo;auteur, pla&ccedil;ant la capacitation du c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;une construction, il la conjugue au pr&eacute;sent. L&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas de la trouver en nous, mais de travailler au commun. Par ce travail, elle s&rsquo;exprime d&egrave;s maintenant et en m&ecirc;me temps nourrit ses conditions d&rsquo;existence. Elle n&rsquo;est pas limit&eacute;e par ce qu&rsquo;ontologiquement nous avons comme capacit&eacute;, mais par le projet que nous portons et ce que nous mettons en place. Nous sommes presque tent&eacute;s de dire que ce choix d&rsquo;un constructivisme radical est &eacute;mancipateur en ce qu&rsquo;il lib&egrave;re d&rsquo;une nature pr&eacute;suppos&eacute;e de l&rsquo;&ecirc;tre humain. Le regard est alors port&eacute; sur le dispositif, sur l&rsquo;environnement et non sur la nature et la valeur fantasm&eacute;e de l&rsquo;individu. Sur le plan sociologique, cette approche rabat sur la question du &laquo;&nbsp;comment&nbsp;?&nbsp;&raquo; et permet de ne pas r&eacute;ifier le commun ou l&rsquo;&ecirc;tre humain capable. Comment peuvent-ils exister&nbsp;? Comment se construisent-ils&nbsp;? Par quels outillages leurs donne-t-on corps&nbsp;? Et ces questions permettent d&rsquo;&eacute;tudier la r&eacute;alit&eacute; en profondeur. Bien plus que d&rsquo;autres qui r&eacute;ifieraient le commun, le rendant ainsi opaque.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Ce type de sociologie est une sociologie de l&rsquo;activit&eacute; car elle se centre sur ce qui est fait, sur les processus animant et construisant une r&eacute;alit&eacute; ainsi qu&rsquo;une sociologie des dispositifs en ce qu&rsquo;elle porte son regard sur des assemblages de personnes, d&rsquo;outils, de discours... Le commun de Nicolas-Le Strat n&rsquo;est pas un lieu de d&eacute;bat entre individus discursifs ou bien un tr&eacute;sor de l&rsquo;humanit&eacute;. Il est une cr&eacute;ation qui ne pourra exister que parce qu&rsquo;auront &eacute;t&eacute; mis en place certains agencement de personnes, d&rsquo;objets, de temps, d&rsquo;espaces, d&rsquo;outils d&rsquo;expression, et parce que ses participants y travaillent.</span></span></span></span></p> <h3>Le commun est-il une utopie&nbsp;?</h3> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Si le projet d&rsquo;une d&eacute;mocratie du commun reste en ligne d&rsquo;horizon, c&rsquo;est le commun au pr&eacute;sent et tel qu&rsquo;il se fait au r&eacute;el qui occupe l&rsquo;auteur. Son dernier livre est tr&egrave;s utopique par certains aspects car charg&eacute; d&rsquo;un d&eacute;sir de changements radicaux. Mais ce qui l&rsquo;int&eacute;resse encore plus fort est la construction concr&egrave;te des communs, r&eacute;alisations fragiles, partielles, mobiles, en &eacute;volution. Il donne &agrave; voir des communs en tension entre r&eacute;alisation et projection. Ces communs-l&agrave; n&rsquo;ont rien d&rsquo;imaginaires et n&rsquo;habitent pas des lieux fantasmatiques. Ils sont en tous lieux o&ugrave; nous arrivons &agrave; les construire et ils sont au pr&eacute;sent bien que tendus vers le futur. Ses communs n&rsquo;ont rien de m&eacute;thodiques, il n&rsquo;en pose pas une d&eacute;finition claire, univoque, pure et parfaite. Ce qu&rsquo;il &eacute;tudie est ce qui s&rsquo;inscrit, de mani&egrave;re large, dans les dynamiques qui se retrouvent sous ce label. En bref, son travail du commun, bien que motiv&eacute; par un futur id&eacute;al, est plein de r&eacute;el. Nous pouvons alors nous demander si le commun est une utopie&nbsp;? Le but de la question n&rsquo;est &eacute;videmment que rh&eacute;torique. Son seul int&eacute;r&ecirc;t est de pointer vers l&rsquo;analyse de l&rsquo;auteur en tension entre r&eacute;el et d&eacute;sir au pr&eacute;sent et soci&eacute;t&eacute; transform&eacute;e au futur.</span></span></span></span></p> <h1>Les sciences sociales commuent</h1> <h2>La recherche-exp&eacute;rimentation</h2> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:black">&laquo;&nbsp;Ma pr&eacute;occupation [&hellip;] n&rsquo;est pas principalement l&rsquo;engagement individuel du sociologue dans l&rsquo;action, mais bien l&rsquo;engagement collectif d&rsquo;un m&eacute;tier et d&rsquo;une pratique, &agrave; savoir une recherche en science sociale en tant que dispositif de coop&eacute;ration pour agir et penser. Comment la recherche en science sociale s&rsquo;engage-t-elle dans l&rsquo;action et prend-elle sa part, et toute sa part, aux enjeux politiques du moment&nbsp;&raquo;<a name="_ftnref13"></a><a href="#_ftn13" title=""><span style="color:blue">[13]</span></a>.</span></span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Lorsque l&rsquo;auteur &eacute;crit sur le travail du commun, il ne le fait pas en tant que chercheur-observateur des projets &eacute;tudi&eacute;s, mais en tant que &laquo;&nbsp;citoyen-chercheur-impliqu&eacute;&nbsp;&raquo;. En parall&egrave;le et en ant&eacute;riorit&eacute; de son travail sur le commun, il a d&eacute;velopp&eacute; tout un propos sur la mani&egrave;re dont la sociologie, et par extension les sciences sociales, peuvent et doivent participer de la construction d&rsquo;alternatives. Sa pratique de la recherche s&rsquo;est inscrite notamment dans le cadre de ce qu&rsquo;il appelle &laquo;&nbsp;exp&eacute;rimentations&nbsp;&raquo; &agrave; la suite de Jean Dubost et Andr&eacute; L&eacute;vy, c&rsquo;est-&agrave;-dire&nbsp;:</span></span></span></span></p> <p style="margin-left: 40px;"><q><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:black">&laquo;&nbsp;des actions ou des exp&eacute;riences concr&egrave;tes, qui se veulent innovantes, prospectives (communaut&eacute;s, groupes autog&eacute;r&eacute;s...) et qui constituent en elles-m&ecirc;mes une forme de recherche, une recherche en acte [&hellip;]. Elles constituent des recherches non seulement parce qu&rsquo;elles mettent &agrave; l&rsquo;&eacute;preuve des id&eacute;es ou des utopies, mais aussi parce qu&rsquo;elles s&rsquo;accompagnent d&rsquo;une r&eacute;flexion et d&rsquo;une analyse, men&eacute;es au fur et &agrave; mesure par leurs auteurs ou promoteurs (carnets de notes, &eacute;changes plus ou moins organis&eacute;s, comptes rendus &eacute;crits...) pour mieux comprendre les conditions et les limites de leurs exp&eacute;riences et &eacute;ventuellement pour les faire conna&icirc;tre&nbsp;&raquo;<a name="_ftnref14"></a><a href="#_ftn14" title=""><span style="color:blue">[14]</span></a>.</span></span></span></span></span></q></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Le chercheur prend part au projet de constitution d&rsquo;un commun. Il le fait en tant que personne concern&eacute;e, avec son exp&eacute;rience et, entre autres mais pas que, avec ses outils et pratiques de chercheur. L&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t est que la recherche puisse s&rsquo;int&eacute;grer comme activit&eacute; ayant place dans l&rsquo;&eacute;cosyst&egrave;me de l&rsquo;exp&eacute;rimentation et qu&rsquo;elle soit un outil de connaissance et de transformation.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Pour comprendre cette n&eacute;cessit&eacute;, il est important de saisir ce que fait la recherche. Elle est cr&eacute;ative<a name="_ftnref15"></a><a href="#_ftn15" title=""><span style="color:blue">[15]</span></a>. En g&eacute;n&eacute;ral, le chercheur esp&egrave;re contr&ocirc;ler les biais qu&rsquo;il introduirait en situation. Notre hypoth&egrave;se est que les sciences sociales, malgr&eacute; toutes leurs r&eacute;flexions &eacute;pist&eacute;mologiques pour qualifier au plus pr&egrave;s ce qu&rsquo;elles font &ndash; au sens d&rsquo;activit&eacute; et de produit de cette activit&eacute; &ndash; gardent cette impression que faire du terrain revient &agrave; plonger dans la vie r&eacute;elle. Cela est comme r&eacute;aliser un pr&eacute;l&egrave;vement de tissu pour le mettre sous le microscope en ayant une impression de contact direct avec le r&eacute;el. Seulement, cette sensation oublie tout l&rsquo;artifice de la situation&nbsp;: un microscope n&eacute;cessite des produits colorants, des r&eacute;v&eacute;lateurs, des polarisateurs, etc. afin de voir le r&eacute;el. Il est un metteur en sc&egrave;ne, il n&rsquo;ouvre pas un acc&egrave;s direct au monde. Nicolas-Le Strat, en ce qui concerne cette illusion naturaliste des sciences sociales, ne fait que d&eacute;plier enti&egrave;rement les postulats de base&nbsp;: la pr&eacute;sence du chercheur compte. Le chercheur perturbe et cette perturbation est sa force. Il est un cr&eacute;ateur d&rsquo;agencements qui permettent &agrave; la r&eacute;alit&eacute; de venir s&rsquo;actualiser tout comme le microscope permet &agrave; des tissus d&rsquo;&ecirc;tre visibles pour l&rsquo;homme. Elle vient se mettre en sc&egrave;ne dans le cadre qu&rsquo;offre le dispositif de recherche. Et cette actualisation est &agrave; penser par le collectif et le chercheur en fonction de ce qu&rsquo;ils esp&egrave;rent percevoir de leur exp&eacute;rimentation. Cette actualisation n&rsquo;est pas simplement &agrave; penser comme un processus de r&eacute;v&eacute;lation, mais bien dans le plein sens du terme&nbsp;: la r&eacute;alit&eacute; se recr&eacute;e, vient exister &agrave; nouveau compte pour des objectifs de connaissance et d&rsquo;action. La recherche participe &agrave; constituer la r&eacute;alit&eacute; de l&rsquo;exp&eacute;rimentation sous un nouvel angle de vue, avec de nouveaux mots, en offrant de nouvelles possibilit&eacute;s. Par exemple, si un collectif souhaite r&eacute;fl&eacute;chir et travailler sur les affects ou bien sur les rapports genr&eacute;s, le dispositif de recherche devra &ecirc;tre pens&eacute; pour faire appara&icirc;tre l&rsquo;exp&eacute;rimentation sous l&rsquo;angle n&eacute;cessaire &agrave; ce travail.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Cela cr&eacute;e un espace de pens&eacute;e et de travail dans la r&eacute;alit&eacute;. Voir, dire et lire<a name="_ftnref16"></a><a href="#_ftn16" title=""><span style="color:blue">[16]</span></a> &agrave; nouveau compte cette r&eacute;alit&eacute; en tension entre un pr&eacute;sent et un devenir, un r&eacute;alis&eacute; et un d&eacute;sirable qu&rsquo;est l&rsquo;exp&eacute;rimentation est un des objectifs de la recherche. Elle cr&eacute;e un d&eacute;calage pour mieux saisir les enjeux politiques et sociaux aff&eacute;rents et pour voir ce qui est produit. Il est &agrave; la fois question de penser l&rsquo;existant, mais aussi de poser des hypoth&egrave;ses sur le possible. Et encore, penser l&rsquo;existant n&rsquo;est pas poser une v&eacute;rit&eacute;, une explication, mais proposer des centres de perspective en esp&eacute;rant qu&rsquo;ils seront op&eacute;rant, qu&rsquo;ils affecteront l&rsquo;exp&eacute;rimentation en reconfigurant le voir, le dire et le lire des acteurs. La recherche constitue au sens fort. Elle permet &agrave; l&rsquo;exp&eacute;rimentation d&rsquo;exister dans un nouvel espace et de nouveaux processus. Dans le dispositif de recherche, les rapports genr&eacute;s pourront appara&icirc;tre en exergue par exemple, mettant de c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;autres dimensions, afin d&rsquo;&ecirc;tre questionn&eacute;s et agis.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Il en d&eacute;coule que dans la recherche-exp&eacute;rimentation, le savoir n&#39;est pas &laquo;&nbsp;&agrave; c&ocirc;t&eacute;&nbsp;&raquo; de l&rsquo;action, mais &agrave; avoir avec l&rsquo;action et nous sommes m&ecirc;me tenter de dire &laquo;&nbsp;est une action&nbsp;&raquo;&nbsp;: une action qui a pour but de reconfigurer le pensable et le possible et ainsi de construire le pouvoir d&rsquo;agir des acteurs et de l&rsquo;&eacute;prouver. M&ecirc;me en termes de dispositif, ce projet de connaissance n&rsquo;est pas &laquo;&nbsp;&agrave; c&ocirc;t&eacute;&nbsp;&raquo; de l&rsquo;exp&eacute;rimentation, espace de r&eacute;flexivit&eacute;, o&ugrave; le chercheur accompagne un processus de pens&eacute;e dont les autres acteurs seraient responsables du retour vers l&rsquo;action. Il est pleinement dans l&rsquo;exp&eacute;rimentation en tant que partie prenante, en tant que dimension, que mode d&rsquo;existence de l&rsquo;exp&eacute;rimentation. De mani&egrave;re concr&egrave;te, les dispositifs peuvent &ecirc;tre des espaces-temps &agrave; part, mais pens&eacute;s de mani&egrave;re &agrave; ce qu&rsquo;ils puissent communiquer avec les autres parties de l&rsquo;exp&eacute;rimentation. Le chercheur peut par exemple mener des entretiens sur l&rsquo;histoire de vie et faire retour sur ces entretiens. Ils peuvent aussi &ecirc;tre des dispositifs coupl&eacute;s &agrave; des activit&eacute;s ne relevant pas strictement de la recherche. Par exemple, lorsque le chercheur introduit un concept dans une r&eacute;union pour tenter de qualifier la r&eacute;alit&eacute;, cet apport peut venir rebattre les cartes du voir, du dire et du lire.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Si la recherche est pleinement affirm&eacute;e comme contributive, elle ne se suffit pas &agrave; elle-m&ecirc;me pour faire l&rsquo;exp&eacute;rimentation. Elle s&rsquo;ins&egrave;re &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;autres dynamiques (les relations interpersonnelles, la relation avec les institutions, les temps de travail...) et d&rsquo;autres &eacute;l&eacute;ments (environnement, espaces, mat&eacute;riels...). Le chercheur doit donc se pr&eacute;occuper de ce que fait la recherche &agrave; la situation, de comment est-ce qu&rsquo;elle s&rsquo;articule et affecte. Il n&rsquo;est pas en charge de la recherche, de son c&ocirc;t&eacute;, en parall&egrave;le du reste, mais il travaille &agrave; ce que la recherche ait sa place dans le quotidien de l&rsquo;exp&eacute;rimentation, au m&ecirc;me titre que d&rsquo;autres aspects. Il est conscient que ce n&rsquo;est pas le processus de penser tout seul qui affecte, mais que c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle s&rsquo;articule aux autres dimensions de l&rsquo;exp&eacute;rimentation et aux autres personnes qu&rsquo;il y a des transformations. Ces id&eacute;es permettent de mettre en avant le fait que malgr&eacute; l&rsquo;affirmation du r&ocirc;le constituant de la recherche, il n&rsquo;en reste pas moins que ce n&rsquo;est pas jou&eacute; d&rsquo;avance. Cela fait partie de la construction des communs et n&rsquo;existera qu&rsquo;en fonction de ce qui se mettra en place.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Cela nous permet de parler d&rsquo;une tension qui traverse le travail de l&rsquo;auteur. D&rsquo;une part, nous avons le chercheur. Il porte une part de responsabilit&eacute; quant &agrave; l&rsquo;existence de la dynamique de recherche, notamment quant &agrave; la mani&egrave;re dont elle se d&eacute;roule&nbsp;: respecter les autres savoirs, reconna&icirc;tre les comp&eacute;tences de chacun... Mais la recherche est appel&eacute;e &agrave; devenir une activit&eacute; collective, c&rsquo;est-&agrave;-dire dont les objectifs, la mise en place et l&rsquo;&eacute;valuation sera port&eacute;e par chacun. La recherche-exp&eacute;rimentation, au r&eacute;el, se situera donc dans les multiples possibilit&eacute;s de concr&eacute;tisation qui se sont entre un chercheur portant toute l&rsquo;initiative et une activit&eacute; totalement collectivis&eacute;e. Si le lecteur a &eacute;t&eacute; attentif, il aura aussi per&ccedil;u le prolongement de cette tension. La recherche-exp&eacute;rimentation oscille entre dynamique clairement identifi&eacute; &ndash; &laquo;&nbsp;l&agrave;, maintenant, on fait de la recherche&nbsp;&raquo; &ndash; et dynamique diffuse, &agrave; la mani&egrave;re de la figure du chercheur qui est tendue entre figure individuelle et figure collective.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">La recherche dont l&rsquo;auteur nous parle n&rsquo;est &eacute;videmment pas celle qu&rsquo;il a pr&eacute;vue avant d&rsquo;arriver le terrain. Ici, le chercheur ne peut pas &ecirc;tre prot&eacute;g&eacute; par un protocole m&eacute;thodologique, par un &eacute;chantillonnage pr&eacute;alable. La production de connaissances se fait selon la vie de l&rsquo;exp&eacute;rimentation, en fonction des questions qui surgissent, des &eacute;v&egrave;nements et des possibilit&eacute;s. En fait, le chercheur ne dirige pas la recherche. Si elle devient r&eacute;ellement une activit&eacute; collective, c&rsquo;est que le travail de probl&eacute;matisation et de production de connaissances est l&rsquo;affaire de tous. Cela implique que le chercheur reconnaisse &agrave; chacun une comp&eacute;tence &eacute;gale &agrave; participer &agrave; l&rsquo;effort de recherche et donc qu&rsquo;il ne s&rsquo;inscrive pas dans un rapport de sup&eacute;riorit&eacute;. Par ailleurs, cette modalit&eacute; demande &agrave; ce que le chercheur et les savoirs produits par la recherche acceptent la confrontation avec les autres savoirs circulant dans l&rsquo;exp&eacute;rimentation, voir m&ecirc;me que cette confrontation soit pens&eacute;e. Alors que la science s&rsquo;est construite en s&rsquo;extirpant du sens commun, la proposition de Nicolas-Le Strat est qu&rsquo;ici, elle se construit en dialogue avec lui. Cette position vient enrichir les tensions d&eacute;j&agrave; expos&eacute;es. D&rsquo;une part, l&rsquo;importance de la recherche est affirm&eacute;e en tant qu&rsquo;apport sp&eacute;cifique. D&rsquo;autre part, sa non-sup&eacute;riorit&eacute; est mise en avant ainsi que la n&eacute;cessit&eacute; qu&rsquo;elle ne soit pas le seul mode d&rsquo;existence des communs.</span></span></span></span></p> <h2>L&#39;activit&eacute; comme centre de perspective</h2> <h3>La recherche est une activit&eacute;</h3> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Dans les &eacute;crits de Nicolas-Le Strat, la recherche n&rsquo;est pas une institution, c&rsquo;est-&agrave;-dire un territoire norm&eacute;, diff&eacute;renci&eacute;, introduisant une hi&eacute;rarchie des savoirs et d&eacute;finissant un r&ocirc;le exclusif du chercheur. S&rsquo;il en reconna&icirc;t cette dimension, c&rsquo;est essentiellement sur le registre de l&rsquo;activit&eacute; concr&egrave;te qu&rsquo;elle implique. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il fait lorsqu&rsquo;il d&eacute;crit la recherche-exp&eacute;rimentation. Il d&eacute;finit les processus qu&rsquo;implique ce type de d&eacute;marche. Mais c&rsquo;est aussi un effort qu&rsquo;il a men&eacute; quant &agrave; sa propre activit&eacute; notamment lors de deux journaux de recherche qui ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s<a name="_ftnref17"></a><a href="#_ftn17" title=""><span style="color:blue">[17]</span></a>. Il vient y dire ce qu&rsquo;est chercher au quotidien. De m&ecirc;me, sur le type de terrain qu&#39;il pratique, il appelle &agrave; une recherche open-source, c&#39;est-&agrave;-dire qui rend visible ses processus aux personnes qui y sont confront&eacute;es, et ce en critique de la recherche classique qui ne laisse que tr&egrave;s peu voir ses coulisses. Ainsi d&eacute;peinte, la recherche perd de son caract&egrave;re exclusif au chercheur. Elle perd une part de son attache &agrave; l&rsquo;institution universitaire. D&eacute;crite essentiellement sous l&rsquo;angle de l&rsquo;activit&eacute;, elle peut alors &ecirc;tre pens&eacute;e sur des terrains autres que ceux qu&rsquo;elle pratique habituellement et s&rsquo;articuler &agrave; d&rsquo;autres logiques, il est alors pensable qu&rsquo;elle perde de sa puret&eacute; pour venir au sein de l&rsquo;action. Et surtout, c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il est possible de la penser comme appel&eacute;e &agrave; devenir collective. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;&agrave; ce prix qu&rsquo;elle peut &ecirc;tre r&eacute;ellement constituante de l&rsquo;exp&eacute;rimentation. Elle ne se construit en tant que bien commun cr&eacute;atif et productif que parce que tous peuvent y prendre part. C&rsquo;est une activit&eacute; avant d&rsquo;&ecirc;tre un statut et un capital symbolique.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Cette approche de la recherche vient nourrir le constructivisme radical de l&rsquo;auteur. C&rsquo;est ce que la recherche produit qui est mis en avant. De m&ecirc;me, une des comp&eacute;tences fondamentales du chercheur est l&rsquo;attention aux processus qu&rsquo;il impulse et auxquels il participe. Il est attentif &agrave; les penser au pr&eacute;alable mais aussi &agrave; savoir s&rsquo;ins&eacute;rer dedans de mani&egrave;re opportune ainsi qu&rsquo;&agrave; accompagner les effets de la recherche. Cette posture &eacute;pist&eacute;mopolitique porte fondamentalement son regard sur ce qui se construit et ce qui peut se construire ou est emp&ecirc;ch&eacute;. Et nous pourrions terminer en disant que ce qui prime pour l&rsquo;auteur est que la recherche produise quelque chose pour l&rsquo;exp&eacute;rimentation plut&ocirc;t qu&rsquo;elle fabrique du savoir pour l&rsquo;institution universitaire. L&rsquo;action est centre de perspective pour l&rsquo;analyse mais aussi, d&rsquo;une certaine mani&egrave;re, &eacute;talon pour l&rsquo;&eacute;valuation de la recherche.</span></span></span></span></p> <h3>L&rsquo;activit&eacute;, op&eacute;rateur d&rsquo;objectivation&nbsp;?</h3> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Il est clair qu&rsquo;une telle position rentre de prime abord en opposition avec l&rsquo;&eacute;pist&eacute;mologie classique car le chercheur fait politique et la recherche est transform&eacute;e en sport de combat. Et pas seulement en lutte id&eacute;ologique &agrave; distance, mais en sport qui se pratique directement sur le terrain de la construction d&rsquo;alternatives locales. Le chercheur peut-il &ecirc;tre plus li&eacute; que &ccedil;a &agrave; l&rsquo;action lorsque l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t fondamental de la recherche est de construire pour le quotidien et non pour le savoir&nbsp;? Cependant, nous d&eacute;fendons l&rsquo;id&eacute;e que la d&eacute;marche de l&rsquo;auteur, notamment du fait de sa centration sur l&rsquo;activit&eacute;, offre des perspectives int&eacute;ressantes en termes d&rsquo;objectivation.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Tout d&rsquo;abord, elle permet une forme de sym&eacute;trie. Alors qu&rsquo;habituellement, le chercheur analyse principalement l&rsquo;activit&eacute; des autres, et dans quelques encarts m&eacute;thodologiques, il se questionne &ndash; souvent a minima &ndash; sur la sienne et son impact, l&rsquo;auteur m&egrave;ne ici une analyse qui englobe l&rsquo;activit&eacute; de tous car elle s&rsquo;inscrit dans le m&ecirc;me objet&nbsp;: l&rsquo;exp&eacute;rimentation. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; l&rsquo;objet et de l&rsquo;autre le chercheur, chacun b&eacute;n&eacute;ficiant d&rsquo;un r&eacute;gime d&rsquo;analyse diff&eacute;rent. Le chercheur est un &eacute;l&eacute;ment assum&eacute; du microcosme et son approche permet de bien prendre en compte ce que cela produit.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Par ailleurs, dans le cadre de ses journaux de recherche, nous constatons qu&rsquo;il ne se limite pas &agrave; d&eacute;crire une activit&eacute; factuelle. Il d&eacute;taille aussi ses implications subjectives avec ses objets de recherche et les personnes rencontr&eacute;es sur ses terrains. Et comme nous l&rsquo;avons d&eacute;j&agrave; &eacute;crit, il pr&ocirc;ne une recherche dont les coulisses sont accessibles Au final, du fait de cette mise en visibilit&eacute; de son activit&eacute;, c&rsquo;est un chercheur que ses lecteurs et coll&egrave;gues-exp&eacute;rimentateurs peuvent &laquo;g&eacute;o-localiser&nbsp;&raquo; facilement dans un paysage politique. Le chercheur ne cache pas qui il est, ce qu&rsquo;il fait et les raisons de ce qu&rsquo;il fait sous l&rsquo;apparat m&eacute;thodologique habituel. Il avance &agrave; d&eacute;couvert, permettant ainsi aux autres de comprendre sa posture, sa place discursive et d&rsquo;action. Son travail peut alors &ecirc;tre regard&eacute; du point de vue de l&rsquo;activit&eacute; r&eacute;elle (bien s&ucirc;r m&eacute;di&eacute;e par son &eacute;nonciation) et non sur la base d&rsquo;un apparat m&eacute;thodologique servant en fait de bo&icirc;te quasi-noire.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Sa perspective par l&rsquo;activit&eacute; offre d&rsquo;autres choses. De nombreuses recherches arrivent sur le terrain en ayant d&eacute;fini au pr&eacute;alable ce qu&rsquo;elles allaient trouver. Par exemple, dans le champ de la formation qui est le n&ocirc;tre, le &laquo;&nbsp;savoir&nbsp;&raquo;, la &laquo;&nbsp;formation&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;les comp&eacute;tences&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;l&rsquo;apprendre&nbsp;&raquo; sont souvent d&eacute;finis avant. Le chercheur sait donc ce qu&rsquo;il va trouver, imposant ainsi &agrave; la r&eacute;alit&eacute; ce dont elle est constitu&eacute;e. Ce faisant, il r&eacute;ifie en partie ce qu&rsquo;il &eacute;tudie, niant &agrave; notre avis, une grande part de leur historicit&eacute;. De m&ecirc;me, il s&rsquo;emp&ecirc;che de voir ce qui sous-tend l&rsquo;existence de ces choses. Cette approche permet de maintenir l&rsquo;illusion commune de l&rsquo;existence des objets. Par exemple, concernant les &laquo;&nbsp;savoirs&nbsp;&raquo;, ceux qui les &eacute;tudient tentent d&rsquo;en d&eacute;finir les diff&eacute;rentes cat&eacute;gories. Assez couramment, sont distingu&eacute;s des savoirs qui rel&egrave;veraient de l&rsquo;action et d&rsquo;autres qui seraient th&eacute;oriques. Ces d&eacute;finitions r&eacute;ifient ces savoirs et emp&ecirc;che de voir toute l&rsquo;armature institutionnelle qui vient couper le monde en deux ordres. Du c&ocirc;t&eacute; des formations, les dispositifs sont construits sur cette dichotomie venant ainsi asseoir son pouvoir. Partir des d&eacute;finitions des savoirs emp&ecirc;che de voir ce qui leurs donnent de l&rsquo;existence en tant que cat&eacute;gories diff&eacute;renci&eacute;es.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Avec le travail du commun, l&rsquo;auteur offre une autre perspective. Son approche par l&rsquo;activit&eacute; casse l&rsquo;illusion d&rsquo;une existence r&eacute;ifi&eacute;e du commun. Il n&rsquo;existe pas. Il est un travail. Le voir comme un travail permet de prendre de la distance avec le quotidien. S&rsquo;il n&rsquo;est pas une chose transcendante, alors il faut aiguiser son regard pour voir les multiples processus, lieux, temps, objets qui le construisent. S&rsquo;il n&rsquo;est pas d&eacute;fini par le haut, mais dans ce que nous voulons bien mettre derri&egrave;re lui, alors il est face &agrave; nous, dans nos mains, comme un objet que nous pouvons travailler et penser plus ais&eacute;ment et en d&eacute;tail. Cette approche, selon nous, destitue les choses de leur pouvoir transcendant, de mani&egrave;re &agrave; nous permettre de les penser &agrave; nouveau compte, comme le fruit de notre activit&eacute;. Casser la r&eacute;ification permet selon nous de mieux manipuler ce que l&rsquo;on &eacute;tudie comme des objets car ils perdent l&rsquo;illusion de r&eacute;alit&eacute; qu&rsquo;ils ont sur nous. C&rsquo;est en perdant le statut de chose finie et existante, qu&rsquo;elles deviennent de bons objets scientifiques d&rsquo;une certaine mani&egrave;re.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">En conclusion, nous souhaiterions appuyer le propos de notre derni&egrave;re partie. Les propositions &eacute;pist&eacute;mopolitiques de l&rsquo;auteur sont extr&ecirc;mement originales et &laquo;&nbsp;scientifiquement incorrectes&nbsp;&raquo; pour ce qu&rsquo;elles mettent le chercheur (l&rsquo;individu) et la recherche (l&rsquo;activit&eacute; collective) comme un des fondements potentiels du travail du commun. La cit&eacute; du savoir s&rsquo;en retrouve presque compl&egrave;tement dissoute pour faire partie du quotidien de la cit&eacute; commune. Et pourtant, ce faisant, il r&eacute;pond &agrave; sa mani&egrave;re &agrave; deux exigences fondamentales de notre discipline. Non seulement, il questionne et socialise sa subjectivit&eacute;. Ce travail permet de r&eacute;pondre &agrave; l&rsquo;exigence de r&eacute;flexivit&eacute; du chercheur sur sa pratique. Mais encore, il objective ce qu&rsquo;il &eacute;tudie gr&acirc;ce &agrave; son approche par l&rsquo;activit&eacute;.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Il est clair que ces deux exigences prennent un sens particulier dans le cadre des exp&eacute;rimentations. En effet, l&rsquo;ouverture de son activit&eacute; au regard des autres permet d&rsquo;emp&ecirc;cher un rapport de pouvoir symbolique entre le chercheur-sachant et les autres recevant le savoir du chercheur. Cette ouverture, comme dans le cas de l&rsquo;open-source, est aussi source d&rsquo;une prise de pouvoir. Cela r&eacute;pond aux valeurs politiques d&eacute;fendues dans ces exp&eacute;rimentations. De m&ecirc;me, l&rsquo;attention &agrave; ce qui se fait a un sens tout particulier dans ces alternatives qui sont non seulement centr&eacute;e sur le pr&eacute;sent pour pr&ecirc;ter attention &agrave; comprendre ce que produit ce qui est tent&eacute; et aussi centr&eacute;e vers un futur d&eacute;sirable. Ces situations mettent particuli&egrave;rement en avant la construction. La n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;agir et la fragilit&eacute; des configurations, l&rsquo;incertitude du futur attirent probablement les regards vers la construction.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">Mais il nous semble que son projet d&rsquo;une sociologie au c&oelig;ur de l&rsquo;utopie est aussi extr&ecirc;mement inspirante pour la recherche qui ne se revendiquerait pas d&rsquo;une telle implication politique. Au final, Nicolas-Le Strat propose une d&eacute;marche disposant d&rsquo;une forte coh&eacute;rence interne. Le sociologue regarde ce qui se construit par l&rsquo;activit&eacute;. Il fait partie des constructeurs. Il analyse donc sa recherche au m&ecirc;me titre que les actions des autres et en lien avec l&rsquo;action des autres. Cette coh&eacute;rence est renforc&eacute;e par une sorte de mise en ab&icirc;me. La recherche porte sur, entre autre, la dynamique de recherche. Et &eacute;tudier l&rsquo;activit&eacute; se fait par une activit&eacute; qui tombe donc sous notre regard de chercheur. Ce tour est r&eacute;ussi simplement par une acceptation de ce que la recherche reconna&icirc;t comme in&eacute;vitable, mais dont elle se m&eacute;fie habituellement&nbsp;: l&rsquo;implication et la perturbation. Les assumer et en jouer dans la perspective constructiviste permet d&rsquo;une certaine mani&egrave;re de les contr&ocirc;ler en les int&eacute;grant pleinement &agrave; l&rsquo;objet d&rsquo;&eacute;tude. &Agrave; sa mani&egrave;re, l&rsquo;&eacute;pist&eacute;mopolitique de Nicolas-Le Strat nous donne une belle le&ccedil;on d&rsquo;&eacute;pist&eacute;mologie.</span></span></span></span></p> <h1><u>Bibliographie</u></h1> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">NICOLAS-LE STRAT<i> </i>P., <i>Fabrique de sociologie (Journal d&#39;activit&eacute; &ndash; Novembre 2009/F&eacute;vrier 2011)</i>, Montpellier, Fulenn, 2011. </span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">&ndash;,</span><span arial="" style="font-family:"><span style="color:black"> <i>Carnets de correspondances. Cuaderno de correspondencias (&eacute;dition bilingue)</i>, Montpellier, Fulenn, 2011.</span></span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">&ndash;,</span><span arial="" style="font-family:">&nbsp;<i>Le travail du commun</i>, Saint Germain sur Ille, Les &eacute;ditions du commun, 2016. </span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><span arial="" style="font-family:">&ndash;,</span><span arial="" style="font-family:">&nbsp;<i>Une sociologie des activit&eacute;s cr&eacute;atives-intellectuelles</i>, Sainte-Gemme, P.U.S.G., 2014.</span></span></span></span></p> <div align="center" style="text-align:center"> <hr align="center" size="3" width="100%" /></div> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn1"></a><a href="#_ftnref1" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[1]</span></span></a><span arial="" style="font-family:"> Titre fictif.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn2"></a><a href="#_ftnref2" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[2]</span></span></a><span arial="" style="font-family:"> Cet article s&rsquo;est inspir&eacute; de la lecture de ses deux derniers ouvrages&nbsp;: <i>Le travail du commun</i>, Saint Germain sur Ille, Les &eacute;ditions du commun, 2016, et <i>Une sociologie des activit&eacute;s cr&eacute;atives-intellectuelles</i>, Sainte-Gemme, P.U.S.G., 2014.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn3"></a><a href="#_ftnref3" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[3]</span></span></a><span arial="" style="font-family:">Voir par exemple le chapitre &laquo;&nbsp;Vers une &eacute;pist&eacute;mopolitique du commun&nbsp;&raquo;, <i>in</i> <i>Le travail du commun</i>, <i>Op. Cit.</i></span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn4"></a><a href="#_ftnref4" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[4]</span></span></a><span arial="" style="font-family:"> Le verbe &laquo;&nbsp;communer&nbsp;&raquo; est un n&eacute;ologisme introduit par Negri et Hardt&nbsp;: &laquo;&nbsp;De m&ecirc;me que le boulanger fait du pain, que le tisserand tisse ou que le meunier moud son grain, l&rsquo;homme du commun &#39;&#39;commune&#39;&#39;, c&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;il produit du commun&nbsp;&raquo;, <i>in</i> HARDT M. et NEGRI A., <i>in </i>NICOLAS-LE STRAT P. (dir.), <i>Le travail du commun</i>, <i>Op. Cit</i>., p. 23.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn5"></a><a href="#_ftnref5" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[5]</span></span></a><span arial="" style="font-family:"> NICOLAS-LE STRAT P., <i>Le travail du commun</i>, <i>Op. Cit.</i>, p.14.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn6"></a><a href="#_ftnref6" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[6]</span></span></a><i><span arial="" style="font-family:"> Idem</span></i><span arial="" style="font-family:">, pp. 14-15.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn7"></a><a href="#_ftnref7" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[7]</span></span></a><i><span arial="" style="font-family:"> Idem</span></i><span arial="" style="font-family:">, p. 14.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn8"></a><a href="#_ftnref8" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[8]</span></span></a><i><span arial="" style="font-family:"> Idem</span></i><span arial="" style="font-family:">, p. 11.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn9"></a><a href="#_ftnref9" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[9]</span></span></a><i><span arial="" style="font-family:"> Idem</span></i><span arial="" style="font-family:">, p. 13.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn10"></a><a href="#_ftnref10" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[10]</span></span></a><i><span arial="" style="font-family:"> Idem</span></i><span arial="" style="font-family:">, p. 15.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn11"></a><a href="#_ftnref11" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[11]</span></span></a><i><span arial="" style="font-family:"> Idem</span></i><span arial="" style="font-family:">, p. 16.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn12"></a><a href="#_ftnref12" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[12]</span></span></a><span arial="" style="font-family:"> Ce terme est une des possibles traductions du mot <i>empowerment</i>.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn13"></a><a href="#_ftnref13" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[13]</span></span></a><span arial="" style="font-family:"> NICOLAS-LE STRAT P., <i>Une sociologie des activit&eacute;s cr&eacute;atives-intellectuelles</i>, <i>Op. Cit.</i>, p. 255.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn14"></a><a href="#_ftnref14" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[14]</span></span></a><span arial="" style="font-family:"> DUBOST J. et L&Eacute;VY A., <i>in</i> <i>Une sociologie des activit&eacute;s cr&eacute;atives-intellectuelles</i>, <i>Op. Cit.</i>, pp. 263-263.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn15"></a><a href="#_ftnref15" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[15]</span></span></a><span arial="" style="font-family:"> Pour plus de d&eacute;tails, la lecture du chapitre suivant sera int&eacute;ressante &laquo;&nbsp;La port&eacute;e constituante (instituante) d&rsquo;une sociologie&nbsp;&raquo; <i>in</i> <i>Une sociologie des activit&eacute;s cr&eacute;atives-intellectuelles</i>, <i>Op. Cit.</i>, pp. 319-330.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn16"></a><a href="#_ftnref16" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[16]</span></span></a><i><span arial="" style="font-family:"> Idem</span></i><span arial="" style="font-family:">, p. 329.</span></span></span></span></p> <p><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span new="" roman="" style="font-family:" times=""><a name="_ftn17"></a><a href="#_ftnref17" title=""><span arial="" style="font-family:"><span style="color:blue">[17]</span></span></a><i><span arial="" style="font-family:"> Fabrique de sociologie (Journal d&#39;activit&eacute; &ndash; Novembre 2009/F&eacute;vrier 2011)</span></i><span arial="" style="font-family:">, Montpellier, Fulenn, 2011&nbsp;; <i>Carnets de correspondances. Cuaderno de correspondencias (&eacute;dition bilingue)</i>, Montpellier, Fulenn, 2011.</span></span></span></span></p> </div>

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Varia/ Du constructivisme social vers une sociologie constructiviste

Florian LOMBARDO

Les premières pierres d’un constructivisme social en sociologie ont été posées aux alentours de 1966. Bien que peu exploité depuis, il semble pertinent de reprendre l’étude de ce dernier là où elle avait été laissée. Qu’est-ce que le constructivisme social ? Comment se manifeste-il en sociologie ? Abstract The foundations of social constructivism in sociology were laid around 1966. Although little exploited since then, it seems appropriate to pick up where we left off. What is social constructivism? How does it manifest...

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