N°16 / Regards multiples sur des formes et des pratiques sociales de résistances face à l’« insécurité sociale »

Le droit à la ville

Le marché aux biffins de Montpellier, un exemple de conflit d’usage de l’espace publique

José LAGORCE, Joachim AUBOURG

Abstract

Le marché des biffins de Montpellier, où sont échangés des objets récupérés, illustre les tensions entre le droit à la ville, l'inclusion et la propreté urbaine. Pour les personnes précaires qui en dépendent, cette activité (récupération, réparation, revente) est vitale. Cependant, les autorités locales rendent leur quotidien difficile en les stigmatisant et en les associant à la saleté ou à l’illégalité, notamment par des contrôles. Malgré tout, ce marché reste un espace de solidarité pour les exclus (sans-papiers, chômeurs, retraités). Relégué en périphérie au nom de la sécurité, il symbolise une économie populaire résistante qui révèle à la fois les failles des politiques urbaines et l’ingéniosité des plus précaires face à l’exclusion.

Keywords

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<p align="right" style="text-align:right; margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Par Jos&eacute; Largorce, sociologue et <b>pr&eacute;sident de l&#39;association AREA</b> et Joachim Aubourg, &eacute;tudiant en sociologie &agrave; l&rsquo;UMPV. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">S&rsquo;int&eacute;resser au march&eacute; aux biffins de Montpellier s&rsquo;est r&eacute;-interroger le concept de &laquo;&nbsp;droit &agrave; la ville&nbsp;&raquo; et plus largement la question de l&rsquo;espace urbain au sens d&rsquo;Henri Lefebvre, c&rsquo;est-&agrave;-dire celui de la pratique sociale. L&rsquo;organisation de l&rsquo;espace urbain d&eacute;finit pour partie les rapports de domination - <i>d&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie</i> dirait Gramsci - et apportent des informations sur les enjeux port&eacute;s par la soci&eacute;t&eacute; qui le produit. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">A Montpellier, le march&eacute; aux puces informel subit une r&eacute;pression (Photos 1 et 2) de plus en plus importante tandis que parall&egrave;lement, le march&eacute; aux puces formel n&rsquo;est ouvert qu&rsquo;un dimanche sur deux au mieux, et avec des conditions d&rsquo;acc&egrave;s limitatives. L&rsquo;incertitude et les inqui&eacute;tudes induites par ces pratiques renforcent la pr&eacute;carit&eacute; des vendeurs et les poussent &agrave; &eacute;laborer des strat&eacute;gies de contournement. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px">&nbsp;</p> <p style="margin-bottom:11px"><img height="183" src="https://www.numerev.com/img/ck_45_9_image-20260207173649-1.png" width="556" /></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">&laquo;&nbsp;<i>Depuis les ann&eacute;es 1970, les espaces publics des m&eacute;tropoles contemporaines sont devenus d</i>&rsquo;<i>importants enjeux pour les pouvoirs publics municipaux soucieux de leur attractivit&eacute; comme pour certains habitants attach&eacute;s &agrave; leur cadre de vie. Les discours qui accompagnent cette valorisation insistent sur la qualit&eacute; urbaine, mais la production d</i>&rsquo;<i>espaces s&ucirc;rs et conviviaux induit &eacute;galement des processus d</i>&rsquo;<i>exclusion ou d</i>&rsquo;<i>alt&eacute;risation.&nbsp;</i>&raquo; (Muriel Froment Meurice, 1992, page 1)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Les comp&eacute;tences d&rsquo;appropriation de la rue dont font preuve les biffins conduisent &agrave; un <i>conflit d&rsquo;usage de l&rsquo;espace public</i> non pas entre les habitants et les usagers du march&eacute;, mais entre les usagers du march&eacute; et la Ville. Les besoins de r&eacute;gulation des espaces publics et la cr&eacute;ation d&rsquo;espaces &laquo;&nbsp;s&ucirc;res et conviviaux&nbsp;&raquo; induisent la construction d&rsquo;une ind&eacute;sirabilit&eacute; (d&eacute;nonciation de produits vol&eacute;s, de contrebande, salet&eacute; des espaces de vente et de chine) mais aussi l&rsquo;impossibilit&eacute; morale de tol&eacute;rer &laquo;&nbsp;un march&eacute; des pauvres&nbsp;&raquo;. Ce processus se fait au d&eacute;triment des fonctions essentielles du march&eacute; des biffin&middot;es : lutter contre les processus de d&eacute;saffiliation, maintenir le lien social et subvenir aux besoins des acheteurs et des vendeurs. Nous passons ainsi d&rsquo;une volont&eacute; de contr&ocirc;le des comportements anomiques d&rsquo;une partie des classes populaires &agrave; la gestion de la visibilit&eacute; dans l&rsquo;espace public de groupes ind&eacute;sirables : biffin&middot;es chinant dans les poubelles et donc visibles dans l&rsquo;espace urbain, march&eacute; aux puces informel rendant visible la pr&eacute;carit&eacute;, march&eacute; aux puces formel dont les crit&egrave;res d&rsquo;acc&egrave;s favorisent la construction de discours d&rsquo;ind&eacute;sirabilit&eacute;. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Par leur usage de l&rsquo;espace public, les biffin&middot;es provoquent les normes d&rsquo;usage de ce dernier et les normes socio-&eacute;conomiques comme le rappelle Annick Lacout (op.cit. Page 17). Ce conflit d&rsquo;usage de la rue ne peut trouver de solutions sans inclure dans la r&eacute;flexion autour des am&eacute;nagements urbains les principaux int&eacute;ress&eacute;s : les biffin&middot;es et leurs acheteurs. Le conflit, qui trouve son origine dans la perception de positions futures incompatibles (Simmel<a name="_ftnref1"></a><a href="#_ftn1" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[1]</sup></a>) ne peut avoir de r&eacute;ponse en repoussant toujours davantage les biffin&middot;es et leurs clients dans les marges de la Ville. Ce lent processus depuis les Arceaux en 1973 puis Richter et la Mosson, illustre cette marginalisation de cet espace d&rsquo;&eacute;conomie populaire. Leur invisibilisation - si elle permet de r&eacute;pondre aux besoins de cr&eacute;ation &laquo;&nbsp;d&rsquo;espaces s&ucirc;res et conviviaux&nbsp;&raquo; - ne r&eacute;pondra pas aux enjeux majeurs li&eacute;s &agrave; cette activit&eacute;. Comme le disait d&eacute;j&agrave; Elis&eacute;e Reclus , <i>&laquo;&nbsp;ce n</i>&rsquo;<i>est qu</i>&rsquo;<i>un demi-bien de transformer les quartiers insalubres, si les malheureux qui les habitaient nagu&egrave;re se trouvent expuls&eacute;s de leurs anciens taudis pour aller en chercher d</i>&rsquo;<i>autres dans la banlieue<a name="_ftnref2"></a><a href="#_ftn2" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><b><sup>[2]</sup></b></a></i>&nbsp;&raquo;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Le march&eacute; aux puces, qu&rsquo;il soit formel ou informel, est non seulement une &laquo;&nbsp;sc&egrave;ne sociale&nbsp;&raquo;, mais &eacute;galement le produit du parcours des biffins dans la ville en amont de l&rsquo;espace de vente. Il est &agrave; la fois espace produit et producteur. Un espace produit tout d&rsquo;abord : sur le march&eacute; aux puces de la Mosson, viennent se cristalliser des parcours de vie individuels faits de ruptures, d&rsquo;accidents, de d&eacute;saffiliation, mais aussi des politiques publiques qui informent sur les repr&eacute;sentations associ&eacute;es aux <i>pauvres</i> : interventions polici&egrave;res, saisie et destruction des objets mis en vente, amendes, absence de politiques de la Ville coh&eacute;rentes autour du march&eacute;, <i>tol&eacute;rance&hellip; </i>L&rsquo;organisation et la vie du march&eacute; est la r&eacute;sultante de ces interactions qui se jouent aussi bien sur le march&eacute; formel que sur le march&eacute; informel. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Mais c&rsquo;est &eacute;galement un espace producteur, fabricant du lien social, de l&rsquo;identit&eacute;, de la solidarit&eacute;, de la valeur marchande, des strat&eacute;gies collectives &eacute;labor&eacute;es en r&eacute;ponse aux politiques publiques, de l&rsquo;auto-organisation et de la norme. Cet espace-producteur r&eacute;troagit avec les conditions m&ecirc;mes de sa production.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Pour saisir les enjeux li&eacute;s &agrave; cet espace et les conflits qui en d&eacute;coulent, il est ainsi indispensable d&rsquo;&eacute;tudier ses conditions de production en s&rsquo;int&eacute;ressant en amont aux biffins et ce qu&rsquo;induit cette pratique &eacute;conomique</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">La biffe est une &laquo;&nbsp;<i>activit&eacute; marchande de revente d&rsquo;objets usag&eacute;s qui proviennent de la r&eacute;cup&eacute;ration suite &agrave; un abandon, un don ou un &eacute;change</i>&nbsp;&raquo;<a name="_ftnref3"></a><a href="#_ftn3" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[3]</sup></a></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">C&rsquo;est &eacute;galement un ensemble de repr&eacute;sentations et de pr&eacute;suppos&eacute;s qui maintiennent dans la marge de l&rsquo;espace urbain vendeurs et acheteurs de produits r&eacute;employ&eacute;s ou r&eacute;utilis&eacute;s : troubles &agrave; l&rsquo;ordre public, salubrit&eacute;, vente de produits illicites, recels&hellip; des repr&eacute;sentations qui ont travers&eacute; les si&egrave;cles et continuent &agrave; s&rsquo;imposer dans les r&eacute;flexions autour de la place des biffins et des biffines dans la ville.&nbsp;&nbsp; </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Par la fa&ccedil;on d&rsquo;envisager l&rsquo;activit&eacute; contemporaine des biffin&middot;es, l&rsquo;institution apporte des r&eacute;ponses inadapt&eacute;es ou insuffisantes &agrave; une r&eacute;alit&eacute; socio-&eacute;conomique de plus en plus pr&eacute;sente dans l&rsquo;espace urbain. &Agrave; Montpellier, les poubelles rassemblent habitant&middot;es des bidonvilles, personnes &acirc;g&eacute;es, immigr&eacute;&middot;es sans titre de s&eacute;jour, malades exclu&middot;es de l&rsquo;emploi, tout un ensemble de pr&eacute;caires qui &ndash; pour certains par choix &ndash; vivent des objets abandonn&eacute;s et favorisent la r&eacute;utilisation et le recyclage. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Comme on le voit, l&rsquo;&eacute;tude de la biffe peut apporter un certain nombre d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments de r&eacute;flexion, &eacute;conomiques, sociaux ou environnementaux.</span></span></span></p> <h3 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:16.0pt"><span style="line-height:115%">Temporalit&eacute;s et diff&eacute;rentes pratiques de la biffe</span></span></span></span></span></h3> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">&Ecirc;tre biffin&middot;e ne se limite pas &agrave; vendre un objet l&eacute;galement d&eacute;fini comme &laquo;&nbsp;d&eacute;chet&nbsp;&raquo;. &Ecirc;tre biffin&middot;e a des cons&eacute;quences sur l&rsquo;exo-identification des personnes, sur la nature des liens sociaux construits et sur les ressources disponibles dans le cadre d&rsquo;une pratique<b> </b>&eacute;conomique.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">L&rsquo;action du biffin ou de la biffine peut se diviser en trois temporalit&eacute;s diff&eacute;rentes, dont deux pr&eacute;c&egrave;dent la vente : </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">1 - le temps de la chine (&laquo; faire les poubelles &raquo;) : temps stigmatisant o&ugrave; la pr&eacute;sence dans l&rsquo;espace publique est d&eacute;fini par les imp&eacute;ratifs d&rsquo;horaires de ramassage des ordures et de lieux laiss&eacute;s accessibles (d&eacute;p&ocirc;ts d&rsquo;ordures non enterr&eacute;s ni clos et absence de politiques municipales r&eacute;pressives). Durant ce temps les individus sont rendus visibles et identifi&eacute;s &agrave; l&rsquo;objet poubelle. Ce m&eacute;canisme d&rsquo;identification de&nbsp; la personne par la nature des objets qu&rsquo;elle travaille a des cons&eacute;quences sur la perception de soi et la construction de l&rsquo;identit&eacute;. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">2- le temps du savoir-faire : ce moment se d&eacute;roule sur les lieux de vie et mobilise un minimum de savoir-faire de la part des biffin&middot;es. R&eacute;paration des batteries de cuisine, remise &agrave; neuf de chaussures, linges, v&ecirc;tements etc... Ce temps n&rsquo;est pas accessible aux autres habitants de la ville. Il est en m&ecirc;me temps peu parl&eacute; par les biffin&middot;es.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">3 - le temps du savoir-&ecirc;tre : le march&eacute; aux puces de la ville de Montpellier est l&rsquo;un des lieux principaux de cr&eacute;ation de revenus. Les&nbsp; biffin&middot;es se trouvent dans une situation de vendeur, n&eacute;gociant les prix et &eacute;laborant les strat&eacute;gies de revente (vente du stock de chaussures &agrave; bas prix &agrave; la fin du march&eacute; ou conservation du m&ecirc;me stock par exemple). C&rsquo;est &eacute;galement un lieu de sociabilit&eacute; externe et de solidarit&eacute; hors de l&rsquo;espace bidonville. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><img height="267" src="https://www.numerev.com/img/ck_45_9_image-20260207173650-2.png" width="200" /></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Cette activit&eacute; &eacute;conomique est donc :</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">1. source d&rsquo;identification externe </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">2. constitutive de revenus</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">3. elle d&eacute;finit une grande partie des d&eacute;placements dans l&rsquo;espace urbain </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">4. elle mobilise diff&eacute;rentes temporalit&eacute;s</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">5. elle est sensible aux &eacute;volutions des politiques municipales r&eacute;pressives ou non r&eacute;pressives.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Sur le march&eacute; aux puces de la Mosson, les vendeurs et vendeuses ont chacun leur parcours, leur histoire et leur pratique de la biffe. Les trois exemples ci-apr&egrave;s peuvent illustrer cette diversit&eacute;.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><img height="250" src="https://www.numerev.com/img/ck_45_9_image-20260207173650-3.png" width="449" /></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">La biffe en circuit ferm&eacute; </span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Ce type de pratique est celle d&rsquo;un <b>groupe de m&eacute;nages habitant sur le m&ecirc;me site, compos&eacute;s de personnes seules et de familles avec enfants</b>. Les riverains du quartier font r&eacute;guli&egrave;rement des dons aux familles.&nbsp; Les familles revendent ces dons aux personnes seules vivant sur le m&ecirc;me site. Ces derni&egrave;res se rendent sur le march&eacute; aux puces pour revendre les objets en d&eacute;gageant un b&eacute;n&eacute;fice. Le r&eacute;emploi concerne des quantit&eacute;s importantes de biens (v&ecirc;tements, petit mat&eacute;riel, jouets, v&eacute;lo&hellip;). Les familles quant &agrave; elles r&eacute;pondent &agrave; leurs besoins en se rendant dans les centres commerciaux classiques. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Dans ce syst&egrave;me, les d&eacute;placements en ville pour la recherche d&rsquo;objets sont limit&eacute;s. Il n&rsquo;y a pas ici de parcours urbain ou de cr&eacute;ation d&rsquo;un r&eacute;seau permettant de recueillir l&rsquo;objet dans l&rsquo;objectif de le vendre. C&rsquo;est une activit&eacute; en &laquo;&nbsp;circuit court&nbsp;</span></span></span></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">La biffe en circuit ouvert</span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Dans cet exemple en revanche, l&rsquo;activit&eacute; &eacute;conomique de la biffe reprend les trois &eacute;tapes &eacute;nonc&eacute;es pr&eacute;c&eacute;demment : Chine / savoir-faire / savoir &ecirc;tre. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Deux fois par jour, le couple se s&eacute;pare et chacun part sur un circuit particulier construit &agrave; partir de l&rsquo;exp&eacute;rience v&eacute;cue et des conseils de pr&eacute;d&eacute;cesseurs. Le circuit alterne entre locaux &agrave; poubelles de r&eacute;sidences dans des quartiers ais&eacute;s et poubelles de la voie publique. Le circuit se fait &agrave; pied, de 8h &agrave; 11h30 et de 14h30 &agrave; 17h, pour une distance moyenne de 11 km &agrave; chaque fois, du lundi au vendredi. Le samedi est consacr&eacute; au lavage des v&ecirc;tements, au nettoyage des objets et &agrave; leur mise en valeur. En cas de stocks importants et de disponibilit&eacute;s de membres de la famille, le nettoyage se fait progressivement. Le processus de mise en &eacute;tat et de nettoyage n&eacute;cessite un savoir-faire et un important temps de travail. Il conditionne pour partie la r&eacute;ussite des ventes. La gestion des stocks est &eacute;galement importante : quels objets seront mis en vente en fonction de la m&eacute;t&eacute;o pr&eacute;vue, quelles ventes peuvent &ecirc;tre diff&eacute;r&eacute;es, les v&ecirc;tements ont-ils trouv&eacute; preneurs en amont du march&eacute;. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">La famille poss&egrave;de un espace de stockage lui permettant d&rsquo;anticiper les ventes &agrave; venir et de proc&eacute;der au nettoyage des objets. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Il s&rsquo;agit ici d&rsquo;une activit&eacute; principale permettant de subvenir aux besoins de la famille, rendue possible par la possibilit&eacute; de stocker les objets et d&rsquo;anticiper les ventes sur plusieurs semaines. Certains produits sont ainsi stock&eacute;s jusqu&rsquo;&agrave; ce que la demande soit suffisamment importante sur le march&eacute;. Il n&rsquo;y a pas de sp&eacute;cialisation et une importance particuli&egrave;re est apport&eacute;e &agrave; la pr&eacute;sentation sur l&rsquo;espace de vente, formel ou informel. Les objets &eacute;lectroniques (t&eacute;l&eacute;phones, ordinateurs, tablettes) sont vendus &laquo;&nbsp;pour pi&egrave;ces&nbsp;&raquo; leur &eacute;tat n&rsquo;&eacute;tant pas garantie. Les robots m&eacute;nagers et objets pour la cuisine sont &laquo;&nbsp;garantis&nbsp;&raquo;. Ils peuvent &ecirc;tre ramen&eacute;s en cas de dysfonctionnement et sont alors rembours&eacute;s. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Cette fa&ccedil;on de pratiquer la biffe est source d&rsquo;identification externe n&eacute;gative. En effet, le biffin est visible dans l&rsquo;espace urbain lorsqu&rsquo;il chine. Il est alors associ&eacute; &agrave; l&rsquo;objet avec lequel il travaille, la poubelle. Cette association entre l&rsquo;objet - le d&eacute;chet-, le biffin et le march&eacute; aux puces conduit &agrave; les assimiler, &agrave; les parer des m&ecirc;mes caract&eacute;ristiques : salet&eacute;, maladie, hygi&egrave;ne, origines douteuses. Comme le notent Rullac et Bazin, envisager le march&eacute; aux puces - et le biffin - &laquo;&nbsp;<i>sous l&rsquo;angle s&eacute;curitaire et sanitaires, provient de la construction fantasm&eacute;e d&rsquo;un espace associ&eacute; &agrave; l&rsquo;origine des objets, la poubelle</i>.&nbsp;&raquo; Le march&eacute; et le biffin deviennent ainsi des extensions de cette derni&egrave;re, ce que notait d&eacute;j&agrave; Louis Chevalier<a name="_ftnref4"></a><a href="#_ftn4" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[4]</sup></a> &agrave; travers les citations de Le Play ou Fr&eacute;gier. </span></span></span></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">La biffe, du don &agrave; la vente</span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Le troisi&egrave;me exemple de pratique de l&rsquo;activit&eacute; de biffin, est tir&eacute; du parcours de vie d&rsquo;un jeune homme de 17 ans, demandeur d&rsquo;asile d&eacute;bout&eacute; vivant en squat. Ce jeune homme, venu avec sa m&egrave;re et sa petite s&oelig;ur, ont demand&eacute; l&rsquo;asile en France. Jamais accueillis en CADA, la famille a du se d&eacute;brouiller durant quelques mois avec les aides financi&egrave;res l&eacute;gales puis, une fois d&eacute;bout&eacute;e, s&rsquo;est retrouv&eacute;e sans ressources ni droit au travail. Le jeune homme scolaris&eacute; et ayant eu son bac, a &eacute;t&eacute; amen&eacute; &agrave; diff&eacute;rer son inscription en BTS pour subvenir aux besoins de la famille dans l&rsquo;attente d&rsquo;une &eacute;ventuelle r&eacute;gularisation de sa situation administrative. Sa m&egrave;re et lui, vendent de temps en temps sur le march&eacute; aux puces informel les v&ecirc;tements donn&eacute;s ou les denr&eacute;es non consomm&eacute;es des colis alimentaires. Il ne souhaite pas &laquo;&nbsp;<i>faire les poubelles</i>&nbsp;&raquo;, activit&eacute; socialement d&eacute;valorisante &agrave; ses yeux et qui l&rsquo;expose par une n&eacute;cessaire visibilit&eacute; dans l&rsquo;espace public. La vente dure le temps d&rsquo;obtenir suffisamment d&rsquo;argent pour compl&eacute;ter les besoins alimentaires de la famille. Elle est strictement limit&eacute;e &agrave; l&rsquo;imm&eacute;diatet&eacute; des besoins. Activit&eacute; per&ccedil;ue comme transitoire, elle n&rsquo;a pas vocation &agrave; perdurer au-del&agrave; de la r&eacute;gularisation administrative ou de l&rsquo;&eacute;mergence de solutions alternatives plus acceptables. Initi&eacute; et accompagn&eacute; lors des premi&egrave;res ventes par des habitu&eacute;s du march&eacute;, le jeune homme &eacute;voque cet espace comme un lieu de rencontres et de socialisation important.&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></span></span></p> <h3 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:16.0pt"><span style="line-height:115%">Sc&egrave;ne sociale et sous-groupes d&rsquo;appartenance</span></span></span></span></span></h3> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Les diff&eacute;rentes fa&ccedil;ons de pratiquer la biffe se distinguent ainsi par les modalit&eacute;s de recherche des objets vendus. Dons apport&eacute;s sur le lieu de vie ou distribu&eacute; dans les structures caritatives, revente &agrave; un tiers qui se rendra sur le march&eacute; ou parcours dans le tissu urbain sont autant de fa&ccedil;on d&rsquo;appr&eacute;hender la ville. Ces modes de biffe sont &eacute;galement des marqueurs de la fa&ccedil;on dont chacun envisage l&rsquo;activit&eacute; : temporaire, travail &agrave;-c&ocirc;t&eacute; ou activit&eacute; principale. Ces trois types de pratiques de la biffe impliquent une diff&eacute;renciation dans les groupes d&rsquo;appartenance qui se constituent sur le march&eacute;.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Le march&eacute; aux puces est une <i>sc&egrave;ne sociale</i> , c&rsquo;est-&agrave;-dire &laquo;&nbsp;<i>le sous-ensemble des relations orient&eacute;es par une prati</i>que <i>dans l&#39;ensemble des relations que noue un individu</i>&nbsp;&raquo; (Florence Weber<a name="_ftnref5"></a><a href="#_ftn5" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[5]</sup></a>). Cette sc&egrave;ne sociale se constitue n&eacute;anmoins de sous-groupes d&rsquo;appartenance permettant de se distinguer parmi les vendeurs. </span></span></span></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">Le travail &agrave;-c&ocirc;t&eacute; &nbsp;</span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Le <i>pr&eacute;cariat</i> induit par le travail int&eacute;rimaire ou l&rsquo;ub&eacute;risation rend &eacute;conomiquement et socialement n&eacute;cessaire ce que Florence Weber d&eacute;signe comme le &laquo;&nbsp;travail &agrave;-c&ocirc;t&eacute;&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est &agrave; dire une activit&eacute; positivement per&ccedil;ue par les acteurs (vendeurs et acheteurs) o&ugrave; se jouent des strat&eacute;gies de r&eacute;putation et la r&eacute;affirmation de sa propre dignit&eacute; contre le sentiment de d&eacute;ch&eacute;ance qui menace chaque individu des couches populaires. Les biffin&middot;es pratiquant dans ce cadre sont soit des travailleurs pr&eacute;caires soit des &eacute;trangers sans titre de s&eacute;jour poss&eacute;dant un capital social fort et travaillant au noir dans le BTP ou d&rsquo;autres secteurs demandeurs de main d&rsquo;&oelig;uvre non d&eacute;clar&eacute;e. La pratique de la biffe est ici non pas constitu&eacute;e de parcours dans la ville &agrave; la recherche d&rsquo;objets abandonn&eacute;s mais plut&ocirc;t de n&eacute;gociations de gr&eacute; &agrave; gr&eacute; afin de r&eacute;cup&eacute;rer &agrave; bas prix ou gratuitement des v&ecirc;tements, outils, mat&eacute;riel informatique. Il n&rsquo;y a ici pas d&rsquo;identification du biffin au d&eacute;chet, l&rsquo;exposition ne se faisant que sur la <i>sc&egrave;ne sociale</i> du march&eacute; aux puces </span></span></span></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">La biffe comme activit&eacute; principale&nbsp; </span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Elle est marqu&eacute;e par deux dimensions : la recherche d&rsquo;objets, source d&rsquo;identification externe souvent n&eacute;gative par l&rsquo;association individu/d&eacute;chet et la posture de vente. Si la premi&egrave;re dimension est induite par la visibilit&eacute; dans l&rsquo;espace public et les conflits d&rsquo;usage qui en d&eacute;coulent, la seconde est davantage valorisante et permet de proposer une grande quantit&eacute; de marchandise &agrave; bas prix. Ici &eacute;galement, le r&eacute;seau social est important pour &eacute;tablir son parcours dans la ou les villes et obtenir des particuliers des informations sur des objets dont ils comptent se d&eacute;barrasser. Contrairement au travail &agrave;-c&ocirc;t&eacute;, les relations sociales sont tiss&eacute;es entre biffin&middot;es pratiquant la m&ecirc;me activit&eacute; ou des particuliers connus lors de la r&eacute;it&eacute;ration des parcours de rue. </span></span></span></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">La sc&egrave;ne sociale</span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Quel que soit la fa&ccedil;on de pratiquer la biffe, le march&eacute; aux puces permet de construire une appartenance collective et de construire une <i>sc&egrave;ne sociale</i> &agrave; partir de ces sous-groupes qui se distinguent tant par leurs pratiques que par la construction d&rsquo;endo-identifications sp&eacute;cifiques. Les uns construisent une image valorisante de soi tandis que les autres se d&eacute;signent souvent comme &laquo;&nbsp;faisant les poubelles.&nbsp;&raquo; N&eacute;anmoins, ces distinctions n&rsquo;emp&ecirc;chent pas la cr&eacute;ation d&rsquo;une identit&eacute; commune d&egrave;s lors que l&rsquo;on se retrouve sur l&rsquo;espace de vente formel ou informel, o&ugrave; les stands et les &eacute;tals s&rsquo;organisent en fonction des caract&eacute;ristiques de ces sous-groupes. La solidarit&eacute; entre vendeurs d&eacute;passe n&eacute;anmoins ces appartenances le temps de la vente.&nbsp; Les groupes d&rsquo;appartenance d&rsquo;un m&ecirc;me individu sont multiplies sur le march&eacute; et s&rsquo;interp&eacute;n&egrave;trent en fonction des besoins.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Nous proposons une cat&eacute;gorisation non pas fond&eacute;e sur l&rsquo;activit&eacute;, le montant des revenus ou le caract&egrave;re formel ou informel de la vente mais davantage sur le concept de <i>capital social</i>, c&rsquo;est-&agrave;-dire &laquo;&nbsp;<i>l</i>&rsquo;<i>ensemble des ressources actuelles ou potentielles qui sont li&eacute;es &agrave; la possession d</i>&rsquo;<i>un r&eacute;seau durable de relations plus ou moins institutionnalis&eacute;es d</i>&rsquo;<i>interconnaissance et d</i>&rsquo;<i>inter-reconnaissance&nbsp;</i>&raquo;<a name="_ftnref6"></a><a href="#_ftn6" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[6]</sup></a>. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Sur le march&eacute; aux puces, la provenance des objets vendus d&eacute;pend du r&eacute;seau relationnel tiss&eacute; avec la Ville et des ressources individuelles en mati&egrave;re de capital social :</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">- Connaissance des entreprises et des ind&eacute;pendants se d&eacute;barrassant de vieux outils.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">- D&eacute;m&eacute;nagement de maisons ou appartements</span></span></span></p> <table class="Table" style="width:919px; margin-left:22px; border-collapse:collapse" width="919"> <thead> <tr> <td colspan="5" style="border-bottom:1px solid black; width:919px; padding:5px 5px 5px 5px; height:26px; border-top:none; border-right:none; border-left:none"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><i>Tableau 1 . Typologie des biffins en fonction du capital social</i></span></span></span></p> </td> </tr> <tr> <td style="border-bottom:1px solid black; width:119px; padding:5px 5px 5px 5px; height:21px; background-color:#bdc0bf; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:1px solid black" valign="top">&nbsp;</td> <td colspan="2" style="border-bottom:1px solid black; width:378px; padding:5px 5px 5px 5px; height:21px; background-color:#bdc0bf; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><b><span style="color:black">CAPITAL SOCIAL FAIBLE</span></b></span></span></span></p> </td> <td colspan="2" style="border-bottom:1px solid black; width:421px; padding:5px 5px 5px 5px; height:21px; background-color:#bdc0bf; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><b><span style="color:black">CAPITAL SOCIAL FORT</span></b></span></span></span></p> </td> </tr> </thead> <tbody> <tr> <td style="border-bottom:1px solid black; width:119px; padding:5px 5px 5px 5px; height:57px; background-color:#dbdbdb; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:1px solid black" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><b><span style="color:black">Nature de la vente</span></b></span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:205px; padding:5px 5px 5px 5px; height:57px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><i>Vente pour la subsistance quotidienne en attendant mieux</i></span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:173px; padding:5px 5px 5px 5px; height:57px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><i>Vente comme activit&eacute; principale r&eacute;pondant pour partie aux besoins</i></span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:208px; padding:5px 5px 5px 5px; height:57px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><i>Vente pour la subsistance quotidienne en attendant mieux</i></span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:213px; padding:5px 5px 5px 5px; height:57px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><i>Vente comme activit&eacute; principale r&eacute;pondant pour partie aux besoins</i></span></span></span></p> </td> </tr> <tr> <td style="border-bottom:1px solid black; width:119px; padding:5px 5px 5px 5px; height:137px; background-color:#dbdbdb; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:1px solid black" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><b><span style="color:black">Personnes concern&eacute;es</span></b></span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:205px; padding:5px 5px 5px 5px; height:137px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Personnes sans titre de s&eacute;jour sans r&eacute;seau familial - &Eacute;tudiants &eacute;trangers - personnes en situation de rue</span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:173px; padding:5px 5px 5px 5px; height:137px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Retrait&eacute;s - AAH - sans emploi de plus de 50 ans</span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:208px; padding:5px 5px 5px 5px; height:137px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Personnes sans enfant - Alternance de p&eacute;riode d&rsquo;emploi et d&rsquo;inactivit&eacute;. Personnes avec ou sans titre de s&eacute;jour (ayant eu des p&eacute;riodes de r&eacute;gularit&eacute; du s&eacute;jour) ayant un r&eacute;seau relationnel fort. Anciennet&eacute; de l&rsquo;installation &agrave; Montpellier. </span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:213px; padding:5px 5px 5px 5px; height:137px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Certains habitants des bidonvilles UE ou hors UE, d&eacute;clar&eacute;s en micro-entreprise ou non - vendeurs sp&eacute;cialis&eacute;s dans l&rsquo;outillage, la t&eacute;l&eacute;phonie (appareils et cables), la p&ecirc;che, la brocante.</span></span></span></p> </td> </tr> <tr> <td style="border-bottom:1px solid black; width:119px; padding:5px 5px 5px 5px; height:138px; background-color:#dbdbdb; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:1px solid black" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><b><span style="color:black">Nature des biens vendus</span></b></span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:205px; padding:5px 5px 5px 5px; height:138px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Revente de dons de v&ecirc;tements ou alimentaire. Exceptionnellement revente d&rsquo;objets trouv&eacute;s.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Vente quotidienne sur des espaces informels</span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:173px; padding:5px 5px 5px 5px; height:138px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Revente de dons de v&ecirc;tements ou alimentaire - quelques objets r&eacute;cup&eacute;r&eacute;s non stock&eacute;s.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px">&nbsp;</p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Vente quotidienne sur des espaces informels</span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:208px; padding:5px 5px 5px 5px; height:138px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">R&eacute;seau de r&eacute;cup&eacute;ration&nbsp; indirect - pas de r&eacute;cup&eacute;ration directe - Vente limit&eacute;e dans le temps &agrave; un revenu fix&eacute; &agrave; l&rsquo;avance. </span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:213px; padding:5px 5px 5px 5px; height:138px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">R&eacute;cup&eacute;ration directe des objets abandonn&eacute;s dans les poubelles, aupr&egrave;s d&rsquo;habitants, de professionnels. N&eacute;gociation avec des employ&eacute;s de d&eacute;chetterie. R&eacute;seau relationnel fort. Possibilit&eacute; d&rsquo;achat &agrave; petits prix et revente avec profit. </span></span></span></p> </td> </tr> <tr> <td style="border-bottom:1px solid black; width:119px; padding:5px 5px 5px 5px; height:16px; background-color:#dbdbdb; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:1px solid black" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><b><span style="color:black">Revenus</span></b></span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:205px; padding:5px 5px 5px 5px; height:16px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><b>- -</b></span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:173px; padding:5px 5px 5px 5px; height:16px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><b>-</b></span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:208px; padding:5px 5px 5px 5px; height:16px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">+</span></span></span></p> </td> <td style="border-bottom:1px solid black; width:213px; padding:5px 5px 5px 5px; height:16px; border-top:none; border-right:1px solid black; border-left:none" valign="top"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">++</span></span></span></p> </td> </tr> <tr> <td colspan="5" style="width:919px; padding:5px 5px 5px 5px; height:68px"> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Signification des symboles : </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><i>- - - &lt; &agrave; 50 euros par dimanche</i></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><i>- - &lt; &agrave; 100 euros par dimanche</i></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><i>- + : entre 100 et 150 euros par dimanche</i></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><i>- ++ &gt; &agrave; 150 euros par dimanche</i></span></span></span></p> </td> </tr> </tbody> </table> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">- Contact direct avec des habitants de la ville pour r&eacute;cup&eacute;rer des objets avant qu&rsquo;ils n&rsquo;aient le statut de d&eacute;chet. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">- Liens particuliers avec les d&eacute;ch&egrave;teries pour obtenir l&rsquo;autorisation d&rsquo;entrer sur les espaces de r&eacute;emploi (contre une cartouche de cigarettes par exemple). </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Ces quelques exemples de r&eacute;seaux relationnels induisent un potentiel de ressources disponibles plus ou moins important et donc une variation possible du niveau de revenu. Les personnes qui se retrouvent dans l&rsquo;une ou l&rsquo;autre de ces cat&eacute;gories peuvent passer de l&rsquo;une &agrave; l&rsquo;autre en fonction de l&rsquo;&eacute;volution des projets de vie, des situations administratives et sociales, de l&rsquo;acc&egrave;s au logement ou &agrave; l&rsquo;emploi par exemple. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Ce capital social &eacute;volue dans le temps par le jeu des interactions &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre sur le march&eacute; aux puces. Ainsi, un individu poss&eacute;dant un capital social faible lors de ses premi&egrave;res ventes sur le march&eacute; aux puces, pourra tendre vers des revenus plus importants s&rsquo;il est accompagn&eacute; par des vendeurs plus chevron&eacute;s. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Cette mise en relation des biffin&middot;es sur le march&eacute; aux puces rend &eacute;volutives les cat&eacute;gorisations en fonction des projets individuels : s&rsquo;inscrire dans une d&eacute;marche de rentabilit&eacute; accrue ou se maintenir dans un objectif de r&eacute;ponse ponctuelle aux besoins quotidiens.</span></span></span></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">Le march&eacute;, espace produit et espace producteur</span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Comme le note H&eacute;rv&eacute; Bazin et al.<a name="_ftnref7"></a><a href="#_ftn7" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[7]</sup></a> &laquo;&nbsp;<i>l&rsquo;adjonction par les commentateurs d&rsquo;un qualificatif &laquo;&nbsp;march&eacute; des pauvres&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;march&eacute; de la mis&egrave;re&nbsp;&raquo; ne nous informe en rien sur la nature intrins&egrave;que du march&eacute; mais plut&ocirc;t sur la nature de la perception que l&rsquo;on pose sur les march&eacute; biffins&nbsp;&raquo;</i> (p.49).</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Cette vision mis&eacute;rabiliste limite les capacit&eacute;s d&rsquo;innovation sociale et d&rsquo;organisation d&rsquo;un espace urbain prenant en consid&eacute;ration l&rsquo;ensemble des habitants de cet espace.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Le march&eacute; aux puces de la Mosson rel&egrave;ve de l&rsquo;&eacute;conomie urbaine, un espace producteur de valeur, mais aussi un lieu d&rsquo;expression de l&rsquo;&eacute;conomie populaire permettant l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; un mode de consommation alternatif et accessible, valorisant le circuit court et le r&eacute;emploi pour des cat&eacute;gories populaires.&nbsp; Comme le note Annick Lacout dans l&rsquo;&eacute;tude qualitative de l&rsquo;AEFEL<a name="_ftnref8"></a><a href="#_ftn8" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[8]</sup></a>, le march&eacute; des biffin&middot;es est <i>&laquo;une pratique urbaine collective qui construit des espaces-temps d&rsquo;&eacute;conomie populaire du r&eacute;emploi</i>&nbsp;&raquo; (p.2). Il est aussi bien un espace produit qu&rsquo;un espace producteur.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Pour Rob Shields<a name="_ftnref9"></a><a href="#_ftn9" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[9]</sup></a> - &agrave; l&rsquo;instar de Lefebvre-, le concept d&rsquo;espace r&eacute;v&egrave;lerait les enjeux de la soci&eacute;t&eacute; qui le produit et le mode de production qui l&rsquo;engendre. Shields renvoie pour exemple, &agrave; la production des discours qui accompagnent les nouvelles formes d&rsquo;urbanisation : quartiers offrant de la &laquo; mixit&eacute; sociale &raquo;, durables et participatifs&hellip; Autant de masques rh&eacute;toriques cachant une r&eacute;alit&eacute; d&rsquo;exclusion sociale des plus pr&eacute;caires vers les marges de l&rsquo;urbain. Le d&eacute;placement du march&eacute; aux puces depuis le centre-ville vers les marges de la ville illustre l&rsquo;&eacute;volution des repr&eacute;sentations li&eacute;es &agrave; ce march&eacute; et accompagne non seulement son abandon progressif par les institutions mais &eacute;galement une autonomisation croissante des vendeurs qui pallie la fermeture r&eacute;currente de l&rsquo;espace officiel de vente par une auto-organisation du march&eacute;. </span></span></span></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">Le march&eacute; informel : un espace organis&eacute;</span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Loin d&rsquo;&ecirc;tre un espace d&eacute;sorganis&eacute;, le march&eacute; informel fait preuve de rigueur et de rationalit&eacute; dans son organisation. Le march&eacute; officiel ferm&eacute;, le march&eacute; des biffin&middot;es se d&eacute;porte vers deux espaces dont il modifie l&rsquo;usage : l&rsquo;all&eacute;e le long du boulodrome et de la d&eacute;ch&egrave;terie, jusqu&rsquo;au parking de la piscine aujourd&rsquo;hui gard&eacute; par une agence de s&eacute;curit&eacute;, et vers le parking longeant les voies du tram. L&rsquo;all&eacute;e du boulodrome est occup&eacute;e en second lieu, le trottoir le long des voies du tram &eacute;tant pr&eacute;f&eacute;r&eacute; car plus &eacute;loign&eacute; des vigiles de la piscine et moins soumis &agrave; la pr&eacute;sence polici&egrave;re. Les vendeurs s&rsquo;installent le long de la haie, laissant un espace suffisant aux pi&eacute;tons pour circuler. Les produits en vente sont tous expos&eacute;s sur des b&acirc;ches ou de v&eacute;ritables &eacute;tals, mis en valeur et class&eacute;s selon le type de produits. Les vendeurs proposent pour la plupart d&rsquo;entre eux une grande vari&eacute;t&eacute; de biens, allant des ustensiles de cuisine aux jouets en passant par l&rsquo;informatique, la t&eacute;l&eacute;phonie et les cables. Certains vendeurs se sp&eacute;cialisent dans un bien particulier qu&rsquo;ils savent recherch&eacute;s. Ces biens &eacute;voluent et les vendeurs s&rsquo;adaptent. Quelques-uns d&rsquo;entre eux se sp&eacute;cialisent dans l&rsquo;outillage d&rsquo;occasion, amateur et/ou professionnels. Lors de l&rsquo;installation du march&eacute; informel, aucun conflit ne vient d&eacute;cider des emplacements. Les biffin&middot;es privil&eacute;gient un environnement apais&eacute; permettant aux clients de d&eacute;ambuler de lieux de vente en lieux de vente. Les revendeurs les plus pr&eacute;caires se situent aux extr&eacute;mit&eacute;s du march&eacute;. Lorsque les emplacements le long du tramway sont tous pris, les vendeurs s&rsquo;installent dans l&rsquo;all&eacute;e longeant le boulodrome.</span></span></span></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">La force du lien faible</span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Le processus de d&eacute;saffiliation-r&eacute;affiliation dans lequel s&rsquo;inscrivent les biffin&middot;es est multidimensionnel, fruit de la fragilit&eacute; de l&rsquo;int&eacute;gration professionnelle (travail pr&eacute;caire, ch&ocirc;mage de longue dur&eacute;e) et de la fragilit&eacute; du lien social (perte du conjoint, rupture familiale, rupture affective). Le march&eacute; aux puces, &agrave; travers le renforcement des &laquo;&nbsp;liens faibles&nbsp;&raquo; agit sur la socialisation des r&eacute;cup&eacute;rateurs-vendeurs. Si les &eacute;tapes de chine et de remise en &eacute;tat de la marchandise apparaissent comme des activit&eacute;s plut&ocirc;t solitaires et/ou stigmatisantes, l&rsquo;&eacute;tape de la vente inscrit le biffin dans l&rsquo;espace marchand.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">L&rsquo;espace marchand, constitu&eacute; par les &eacute;tals des vendeurs, est un espace de socialisation accessible dans lequel chacun peut s&rsquo;inscrire. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs un des aspects les plus visibles du march&eacute;. Tout le monde se parle&nbsp;: &laquo;&nbsp;<i>Moi je me sens bien quand le march&eacute; arrive, on se voit tous, on se rencontre tous</i><a name="_ftnref10"></a><a href="#_ftn10" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[10]</sup></a>&raquo;. Vendre sur le march&eacute; c&rsquo;est obligatoirement entrer dans le jeu des interactions sociales, dans <i>les rites d&rsquo;interactions</i>. Ce sont des interactions d&rsquo;intensit&eacute; diverses qui permettent aux individus m&ecirc;me isol&eacute;s de voir d&rsquo;autres personnes, d&rsquo;entrer en contact, de faire des rencontres, de construire du lien social &agrave; travers la marchandise et m&ecirc;me parfois de construire de v&eacute;ritable relation&nbsp;: &laquo;&nbsp;le march&eacute;, &ccedil;a me fait sortir d&eacute;j&agrave;&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;c&rsquo;est sur le march&eacute; que tu peux rencontrer ton meilleur ami, tu peux faire une femme<a name="_ftnref11"></a><a href="#_ftn11" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[11]</sup></a>&raquo;, &laquo;&nbsp;c&rsquo;est comme une famille<a name="_ftnref12"></a><a href="#_ftn12" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[12]</sup></a>&raquo;, &laquo;&nbsp;je m&rsquo;en fous que je vends ou que je vends pas, c&rsquo;est d&rsquo;avoir un contact humain, entre humain. J&rsquo;ai tout gagn&eacute;<a name="_ftnref13"></a><a href="#_ftn13" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[13]</sup></a>&raquo;. Des chibanis affirment s&rsquo;&ecirc;tre rencontr&eacute;s sur le march&eacute; aux puces et entretenir des liens amicaux depuis plus d&rsquo;une d&eacute;cennie.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Ces interactions sont principalement li&eacute;es &agrave; l&rsquo;&eacute;change marchand que M&eacute;lanie Duclos d&eacute;crit comme un &eacute;change total dans la mesure o&ugrave; au-del&agrave; d&rsquo;un &eacute;change physique de biens et d&rsquo;argent, c&rsquo;est avant tout un &eacute;change social dans lequel les interactants proc&egrave;dent &agrave; un &laquo;&nbsp;&eacute;change de paroles, de rires et de plaisanteries, de bouts d&rsquo;histoires de vie<a name="_ftnref14"></a><a href="#_ftn14" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[14]</sup></a>&raquo;. </span></span></span></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">Le march&eacute;, espace-ressource producteur de capital social </span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Hugues Bazin et St&eacute;phane Rullac<a name="_ftnref15"></a><a href="#_ftn15" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[15]</sup></a> associent le march&eacute; &agrave; un espace-ressource qui facilite la constitution d&rsquo;un capital social que Bourdieu d&eacute;finit comme &laquo;&nbsp;<i>l</i>&rsquo;<i>ensemble des ressources actuelles ou potentielles qui sont li&eacute;es &agrave; la possession d</i>&rsquo;<i>un r&eacute;seau durable de relations plus ou moins institutionnalis&eacute;es d</i>&rsquo;<i>interconnaissance et d</i>&rsquo;<i>inter-reconnaissance; ou, en d</i>&rsquo;<i>autres termes, &agrave; l</i>&rsquo;<i>appartenance &agrave; un groupe, comme ensemble d</i>&rsquo;<i>agents qui ne sont pas seulement dot&eacute;s de propri&eacute;t&eacute;s communes (susceptibles d&rsquo;&ecirc;tre per&ccedil;ues par l</i>&rsquo;<i>observateur, par les autres ou par eux-m&ecirc;mes), mais sont aussi unis par des liaisons permanentes et utiles<a name="_ftnref16"></a><a href="#_ftn16" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><b><sup>[16]</sup></b></a></i>&raquo;. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Les r&eacute;cup&eacute;rateurs-vendeurs, en s&rsquo;appropriant &laquo;&nbsp;un espace public circulatoire&nbsp;&raquo; le transforment en un &laquo;&nbsp;<i>lieu de concentration et d</i>&rsquo;<i>activit&eacute; populaire</i><a name="_ftnref17"></a><a href="#_ftn17" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[17]</sup></a>&raquo; qui s&rsquo;apparente &agrave; un espace-ressources pour les personnes sans ressources. L&rsquo;apparition du march&eacute; informel est directement li&eacute;e aux strat&eacute;gies de d&eacute;brouille des biffin&middot;es qui pallient le manque d&rsquo;espace de vente l&eacute;gale et leurs exigeantes conditions d&rsquo;acc&egrave;s. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Les biffin&middot;es profitent donc du march&eacute; comme un espace socialisant et s&rsquo;inscrivent peu &agrave; peu dans un r&eacute;seau d&rsquo;interactions qu&rsquo;ils vont mobiliser en fonction de leur position relationnelle pour atteindre leurs objectifs comme faire expertiser une marchandise, faire garder leur &eacute;tale par un autre ou encore pour r&eacute;parer ou &eacute;changer des marchandises. Ces liens de confiance r&eacute;ciproque s&rsquo;apparentent donc &agrave; des ressources pour les biffin&middot;es qui &laquo;&nbsp;se traduisent par une mobilit&eacute; spatiale, mentale et sociale<a name="_ftnref18"></a><a href="#_ftn18" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[18]</sup></a>&raquo; accrue. </span></span></span></p> <h4 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">&Eacute;conomie populaire et lien social </span></span></span></span></span></h4> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">L&rsquo;&eacute;conomie populaire surgit dans les quartiers populaires et s&rsquo;organise pour et par les classes populaires. Sarria Icaza et Tiriba la d&eacute;finissent comme &laquo;<i>&nbsp;l</i>&rsquo;<i>ensemble des activit&eacute;s &eacute;conomiques et des pratiques sociales d&eacute;velopp&eacute;es par les groupes populaires en vue de garantir, par l</i>&rsquo;<i>utilisation de leur force de travail et des ressources disponibles, la satisfaction des besoins de base, tant mat&eacute;riels qu</i>&rsquo;<i>immat&eacute;riels</i>&nbsp;&raquo;<a name="_ftnref19"></a><a href="#_ftn19" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[19]</sup></a> .</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">D&rsquo;une part, la biffe correspond &agrave; une activit&eacute; &eacute;conomique cr&eacute;atrice de valeur. D&rsquo;autre part cette activit&eacute; &eacute;conomique ne n&eacute;cessite aucun ou tr&egrave;s peu d&rsquo;investissement &eacute;conomique mais seulement la force de travail&nbsp;des biffin&middot;es conjugu&eacute;e &agrave; l&rsquo;utilisation et &agrave; la connaissance des ressource disponibles. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Le terme d&rsquo;&eacute;conomie populaire est pr&eacute;f&eacute;r&eacute; &agrave; celui d&rsquo;&eacute;conomie informelle dans la mesure o&ugrave; il d&eacute;crit mieux la r&eacute;alit&eacute; biffine et nous permet de sortir des questions li&eacute;es &agrave; la l&eacute;galit&eacute; ou l&rsquo;ill&eacute;galit&eacute; de l&rsquo;activit&eacute;. Il s&rsquo;agit bien, dans le cadre du march&eacute; aux puces, d&rsquo;individus sans ressources ou &agrave; faibles ressources mais d&eacute;veloppant des strat&eacute;gies pour r&eacute;pondre &agrave; leurs besoins &eacute;conomiques au jour le jour. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">La premi&egrave;re cause d&rsquo;entr&eacute;e dans la biffe rel&egrave;ve d&rsquo;un besoin &eacute;conomique. Si l&rsquo;on fait la biffe c&rsquo;est avant tout par n&eacute;cessit&eacute; comme le rappelle M&eacute;lanie Duclos dans<i> Les braconniers des poubelles<a name="_ftnref20"></a><a href="#_ftn20" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup><span style="text-decoration:none"><span style="text-underline:none">[20]</span></span></sup></a></i>. La biffe c&rsquo;est d&rsquo;abord une b&eacute;quille &eacute;conomique qui s&rsquo;adapte aux besoins des biffin&middot;es. Un biffin rencontr&eacute; au march&eacute; aux puces rapportait &agrave; propos de sa situation : &laquo;&nbsp;<i>Moi je m</i>&rsquo;<i>en tire bien, ah ouais franchement je m</i>&rsquo;<i>en tire bien, &ccedil;a me fait euh&hellip; &ccedil;a me permet de pas gal&eacute;rer, d</i>&rsquo;<i>avoir un peu de thune. Bon y a des fois comme l&agrave; o&ugrave; j</i>&rsquo;<i>ai pas de thune mais c</i>&rsquo;<i>est rare.</i>&nbsp;&raquo; </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">La plupart des biffin&middot;es du march&eacute; aux puces sont exclus du march&eacute; du travail ou sont travailleurs pr&eacute;caires : int&eacute;rimaires du BTP, femmes de chambre, femmes de m&eacute;nages, alternant petits salaires et minima sociaux, ch&ocirc;meurs en fin de droits, &eacute;trangers sans papier ou muni de titre de s&eacute;jour sans autorisation de travail&hellip; Beaucoup de leur r&eacute;cit de vie font &eacute;cho &agrave; une rupture, li&eacute;e &agrave; un accident, comme Rudi, qui a d&ucirc; arr&ecirc;ter son travail de livreur apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre cass&eacute; le poignet lors d&rsquo;un accident de scooter, puis qui a eu un d&eacute;collement de la r&eacute;tine, et s&rsquo;est retrouv&eacute; isol&eacute; pendant le confinement. Ou encore Robert qui vivait dans un h&ocirc;tel &agrave; Marseille tout en travaillant &agrave; mi-temps dans l&rsquo;h&ocirc;tellerie avant d&rsquo;&ecirc;tre expuls&eacute;.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Pour beaucoup, c&rsquo;est tout simplement la situation irr&eacute;guli&egrave;re qui les exclut d&rsquo;office du march&eacute; du travail officiel, comme Gazmor, r&eacute;fugi&eacute; albanais qui s&rsquo;est vu refuser deux fois ses demandes d&rsquo;asile et qui n&rsquo;a plus que 90 euros d&rsquo;aide financi&egrave;re du D&eacute;partement pour son fils scolaris&eacute;. Il vit avec ses trois enfants et sa femme dans un squat. Sa femme, b&eacute;n&eacute;vole au secours populaire, en profite pour se fournir en v&ecirc;tements qui viendront alimenter leur &eacute;tal sur le march&eacute;. Il y a aussi beaucoup de retrait&eacute;s maghr&eacute;bins, les vieux chibani, comme Lachhab qui vient au march&eacute; depuis qu&rsquo;il ne travaille plus. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Sur le march&eacute; aux puces informel se trouvent &eacute;galement d&rsquo;anciens vendeurs professionnels exclus des march&eacute;s aux puces formels pour avoir partag&eacute; ou pr&ecirc;t&eacute; un emplacement &agrave; une personnes qui en faisait la demande. Ici, c&rsquo;est la relation avec les placiers qui est probl&eacute;matique, beaucoup de biffin&middot;es critiquant leur gestion. Certains, comme Fadi sont en col&egrave;re contre les modalit&eacute;s d&rsquo;organisation du march&eacute; formel et vendent uniquement sur le march&eacute; informel. Trop de restrictions, des formes de solidarit&eacute; sanctionn&eacute;es, l&rsquo;incertitude de l&rsquo;ouverture du march&eacute;&hellip;</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">D&rsquo;autres sont des travailleurs pr&eacute;caires qui cherchent un compl&eacute;ment de revenu, tel Djemil qui a la charge de six enfants dont un handicap&eacute;. Il travaille dans le nettoyage, ce qui lui permet d&rsquo;avoir un acc&egrave;s privil&eacute;gi&eacute; aux poubelles des r&eacute;sidences pour faire la biffe. La biffe est indispensable pour qu&rsquo;il puisse faire vivre sa famille. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Ce sont enfin des personnes qui se retrouvent subitement seules &agrave; subvenir aux besoins du foyer &agrave; la suite d&rsquo;une rupture amoureuse, d&rsquo;un d&eacute;c&egrave;s ou d&rsquo;un jugement, comme cette femme de 40 ans travaillant dans la restauration collective qui s&rsquo;est lanc&eacute;e dans la biffe depuis que son mari est en prison. Pour s&rsquo;approvisionner, elle va chez Emma&uuml;s, dans des vide-greniers, re&ccedil;oit des dons de la part des voisins ou fouille les poubelles le soir. Elle, c&rsquo;est sa voisine qui l&rsquo;a introduit au march&eacute; aux puces </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">D&rsquo;autres investissent davantage le march&eacute; aux puces, en faisant le lieu principal de leur activit&eacute; &eacute;conomique. Le march&eacute; aux puces est ainsi un espace o&ugrave; l&rsquo;on peut subvenir pour partie aux besoins quotidiens en attendant mieux, ou un espace essentiel de l&rsquo;activit&eacute; &eacute;conomique que l&rsquo;on ne pense pas pouvoir quitter un jour. Pour ces biffin&middot;es, d&eacute;sign&eacute;s par les autres vendeurs comme &laquo;&nbsp;professionnels&nbsp;&raquo; car passant une grande partie de leur temps en recherche d&rsquo;objets jet&eacute;s, le march&eacute; est un espace de cr&eacute;ation de valeur essentiel.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:14.0pt"><span style="line-height:115%">Une &eacute;conomie ench&acirc;ss&eacute;e dans le social</span></span></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">La n&eacute;gociation des prix est une caract&eacute;ristique commune de tous les march&eacute;s de biffin&middot;es&nbsp;: la valeur prend corps dans l&rsquo;interaction sociale de la n&eacute;gociation. Rares sont les acheteurs qui ach&egrave;tent sans tenter de faire baisser le prix. Encore une fois, beaucoup de param&egrave;tres interviennent dans la n&eacute;gociation dont il serait trop long de d&eacute;crire le fonctionnement. Le vendeur a souvent un prix en t&ecirc;te pour chaque article, celui-ci est plus ou moins pr&eacute;cis et, comme on l&rsquo;a vu, d&eacute;pend des prix pratiqu&eacute;s sur le march&eacute; aux puces et aussi, souvent, des prix pratiqu&eacute;s sur Leboncoin. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Quelques vendeurs ont affirm&eacute; ajuster ce prix au jug&eacute;. C&rsquo;est-&agrave;-dire selon la sympathie qu&rsquo;inspire l&rsquo;acheteur aux vendeurs mais aussi et surtout selon l&rsquo;estimation du niveau de richesse de l&rsquo;acheteur. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">&laquo;&nbsp;<i>Les prix c</i>&rsquo;<i>est instantan&eacute;, c</i>&rsquo;<i>est pas que tu sais pas les prix &agrave; l</i>&rsquo;<i>avance c</i>&rsquo;<i>est que c</i>&rsquo;<i>est instantan&eacute;. Tu vois d&eacute;j&agrave; &agrave; la t&ecirc;te, tu vois la gentillesse, la m&eacute;chancet&eacute;. Si c</i>&rsquo;<i>est m&eacute;chant, tu fixes un peu haut et quand tu voies des nana&hellip; nan mais c</i>&rsquo;<i>est vrai (rire) apr&egrave;s c</i>&rsquo;<i>est pas une question de racisme. Tu vois la dame l&agrave;-bas, elle est mignonne elle est sympa.&nbsp;&raquo; </i>Il s&rsquo;adresse &agrave; elle<i>&nbsp;: &laquo;&nbsp;Bonjour madame&nbsp;!&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Tu vois si elle dit bonjour je peux faire un prix sinon automatiquement&hellip;<a name="_ftnref21"></a><a href="#_ftn21" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><b><sup>[21]</sup></b></a>&nbsp;&raquo;</i> </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">La connaissance de la marchandise prend une importance toute particuli&egrave;re lors de l&rsquo;&eacute;tape de la vente. C&rsquo;est pourquoi des biffin&middot;es exp&eacute;riment&eacute;s comme Jeannot aident &agrave; expertiser la marchandise des biffin&middot;es les moins exp&eacute;riment&eacute;s en profitant au passage pour acheter &agrave; bas co&ucirc;t un objet de valeur. Un jeu de dupe s&rsquo;installe entre l&rsquo;acheteur et le vendeur lors de la n&eacute;gociation. L&rsquo;ascendant est pris par celui qui sait le mieux estimer la valeur de l&rsquo;article vendu ou du moins celui qui para&icirc;t le mieux s&rsquo;y conna&icirc;tre. C&rsquo;est pourquoi les vendeurs sp&eacute;cialis&eacute;s dans les habits de marque comme Rudi ou Jeannot, vendent les produits ayant le plus de valeur en empruntant d&rsquo;autres canaux comme Leboncoin&reg;️ par exemple&nbsp;: &laquo;&nbsp;<i>Y</i>&rsquo;<i>a beaucoup de choses que tu peux pas vendre l&agrave;-bas, c</i>&rsquo;<i>est immoral&nbsp;</i>&raquo;, dit Rudi en parlant des articles de luxe. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Pour les plus pr&eacute;caires le but est simplement d&rsquo;&eacute;couler le plus vite possible la marchandise avant que le march&eacute; ne ferme pour couvrir leurs besoins quotidiens. M&ecirc;me s&rsquo;ils savent que leur marchandise est largement brad&eacute;e, ils pr&eacute;f&egrave;rent vendre. L&rsquo;acheteur, &laquo;<i>&nbsp;y viens ici, pour &ccedil;a euh&hellip; pour acheter deux, trois euros un truc qui co&ucirc;te 100 </i>&raquo;. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">La valeur &eacute;conomique des articles vendus lors du march&eacute; aux puces semble totalement, ou partiellement, d&eacute;connect&eacute;e de la logique marchande. Cela s&rsquo;explique par les contraintes &eacute;conomiques du march&eacute; aux puces. D&rsquo;une part les faibles revenus des acheteurs et d&rsquo;autre part la forte concurrence exerc&eacute;e par les vendeurs qui n&rsquo;ont pas de co&ucirc;t de production. C&rsquo;est le processus m&ecirc;me du cycle de r&eacute;cup&eacute;ration-vente de la biffe qui corr&egrave;le la valeur de la marchandise &agrave; la r&eacute;alit&eacute; du march&eacute;. Ce sont effectivement les biens de consommation rejet&eacute;s par les flots de la consommation de masse qui alimentent ce microcosme &eacute;conomique qu&rsquo;est le march&eacute; aux puces et ses alentours. Les biffins redonnent de la valeur et une seconde vie au d&eacute;chet simplement en les extirpant du contenant qui en faisait des d&eacute;chets. Ils transforment ce probl&egrave;me, co&ucirc;teux pour les collectivit&eacute;s locales et pour l&rsquo;environnement, en ressource. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Que se joue-t-il au march&eacute; aux puces lors des &eacute;changes marchands d&rsquo;objets dont la valeur est d&eacute;finie hors du cadre de l&rsquo;&eacute;conomie de march&eacute; ? Chaussures de marques &agrave; 10 euros, t&eacute;l&eacute;phones &agrave; 5 euros, IPad &agrave; 60 euros, ordinateurs vendus pour pi&egrave;ces que l&rsquo;on retrouvera sur Ebay&reg;️ ou Leboncoin&reg;️, stocks de v&ecirc;tements &agrave; destination de pays tiers ou de Vinted&reg;️&hellip; Cette &eacute;conomie des puces est singuli&egrave;re non seulement en raison de l&rsquo;origine des produits vendus (les poubelles) mais &eacute;galement dans sa capacit&eacute; &agrave; s&rsquo;extraire de la logique purement lib&eacute;rale de l&rsquo;&eacute;conomie de march&eacute;. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Pour reprendre une formule de Georges Balandier<a name="_ftnref22"></a><a href="#_ftn22" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[22]</sup></a>, l&rsquo;&eacute;change poss&egrave;de ici une double fonction : une fonction d&rsquo;occultation/r&eacute;v&eacute;lation de l&rsquo;ordre &eacute;tabli et une fonction de consolidation du lien social. Occultation/r&eacute;v&eacute;lation parce qu&rsquo;il vient amender les processus de d&eacute;saffiliation socio-&eacute;conomique en proposant un espace d&rsquo;&eacute;change de biens o&ugrave; le prix des choses est fix&eacute; davantage au regard de leur valeur d&rsquo;usage que de leur valeur d&rsquo;&eacute;change. La valeur d&rsquo;usage, identifi&eacute;e par Karl Marx<a name="_ftnref23"></a><a href="#_ftn23" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[23]</sup></a> comme <i>l&rsquo;utilit&eacute;</i> d&rsquo;un bien ou d&rsquo;un service, renvoie &eacute;galement au potentiel informationnel de l&rsquo;objet (Lojkine<a name="_ftnref24"></a><a href="#_ftn24" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[24]</sup></a>), c&rsquo;est-&agrave;-dire &agrave; l&rsquo;ensemble des informations qui vont na&icirc;tre de l&rsquo;interaction vendeur/acheteur. Comme le rapportait certains biffin&middot;es, le prix fix&eacute; dans l&rsquo;instant va refl&eacute;ter la capacit&eacute; de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre &agrave; s&rsquo;identifier mutuellement comme faisant partie d&rsquo;une m&ecirc;me communaut&eacute; : celle des pr&eacute;caires. La consommation sur l&rsquo;espace marchand des puces n&rsquo;est pas con&ccedil;ue par rapport &agrave; une norme raisonnable, rationnelle, mais comme <i>&laquo;&nbsp;une forme des rapports qu&rsquo;entretiennent les individus&nbsp;&raquo; </i>(Veblen<a name="_ftnref25"></a><a href="#_ftn25" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[25]</sup></a>). Les taux d&rsquo;&eacute;change sont alors fix&eacute;s &laquo;&nbsp;<i>par le tact social et singuli&egrave;rement par la strat&eacute;gie diplomatique de &laquo;&nbsp;la bonne mesure&nbsp;&raquo; &eacute;conomique qu&rsquo;il convient d&rsquo;appliquer lors de ces confrontations entre quasi-&eacute;trangers</i>&nbsp;&raquo; (Marshall Sahlins<a name="_ftnref26"></a><a href="#_ftn26" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[26]</sup></a>). </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">En cr&eacute;ant par le march&eacute; informel ou formel un espace de vente d&eacute;connect&eacute; des logiques institutionnelles classiques, les biffin&middot;es et les acheteurs r&eacute;v&egrave;lent les cons&eacute;quences des processus de d&eacute;saffiliation et y apportent une r&eacute;ponse autonome. Cette r&eacute;ponse vise deux objectifs essentiels : </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">1- un objectif individuel : subvenir &agrave; ses besoins, en tant qu&rsquo;acheteur ou vendeur. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">2- un objectif collectif : la <b>consolidation</b> du lien social. La valeur du bien fix&eacute;e hors du cadre de l&rsquo;&eacute;conomie de march&eacute; &laquo;&nbsp;classique&nbsp;&raquo; permet la r&eacute;affiliation sociale du vendeur et de l&rsquo;acheteur &agrave; travers une identification commune et r&eacute;ciproque. &laquo;&nbsp;Je vends un bien de marque &agrave; bas prix pour que tu puisses l&rsquo;acheter&nbsp;&raquo;. Cette volont&eacute; de &laquo;&nbsp;faire commun&nbsp;&raquo; s&rsquo;exprime &agrave; travers le non recours &agrave; des espaces de vente plus r&eacute;mun&eacute;rateurs (Vinted, EBay, le Bon Coin&hellip;) qui ne permettent pas de r&eacute;pondre aux besoins de socialisation. Si un certain nombre de vendeurs connaissent les effets de la fracture num&eacute;rique, d&rsquo;autres ma&icirc;trisent ces outils et pourraient s&rsquo;en saisir. Le vendeur cherche &agrave; &eacute;couler un maximum d&rsquo;objets au m&ecirc;me prix pour &ecirc;tre certain de vendre et l&rsquo;acheteur ne n&eacute;gociera pas syst&eacute;matiquement &agrave; la baisse. Les biens qui circulent sont alors porteurs d&rsquo;une valeur informationnelle qui permet d&rsquo;identifier les individus participant &agrave; la communaut&eacute; cr&eacute;&eacute;e par le march&eacute; &agrave; travers l&rsquo;&eacute;change. Cette solidarit&eacute; r&eacute;ciproque et collective se distingue ainsi d&rsquo;une rationnalit&eacute; d&rsquo;acteur &eacute;conomique individuel. Le march&eacute; aux puces, &agrave; travers la forme d&rsquo;&eacute;change qu&rsquo;il permet, est un syst&egrave;me &eacute;conomique ench&acirc;ss&eacute; [embedded] dans le social<a name="_ftnref27"></a><a href="#_ftn27" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[27]</sup></a> qui propose &laquo;&nbsp;<i>une cr&eacute;ation de valeur en transformant le rebut en ressource</i>&nbsp;&raquo; (Annick Lacout, op.cit. p.7). Mais cette valeur d&eacute;passe largement la valeur mon&eacute;taire. Le march&eacute; propose de fa&ccedil;on autonome une alternative aux cons&eacute;quences de la pr&eacute;carisation du travail et aux freins administratifs que peuvent rencontrer une partie des acheteurs et des vendeurs.&nbsp; </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Dans ce cadre d&rsquo;analyse, le march&eacute; aux puces ne peut &ecirc;tre uniquement envisag&eacute; sous un angle s&eacute;curitaire et sanitaire, fabrication fantasm&eacute;e d&rsquo;un espace associ&eacute; &agrave; l&rsquo;origine des objets vendus : la poubelle. Le march&eacute; est davantage qu&rsquo;une extension de la poubelle. Il cristallise les besoins de r&eacute;affiliation sociale en plus des besoins &eacute;conomiques. Mais cette r&eacute;affiliation sociale ne se limite pas &agrave; l&rsquo;espace marchand du march&eacute; aux puces, pas plus qu&rsquo;elle ne se limite &agrave; une identification collective en tant que pr&eacute;caires. Aller chercher sur le march&eacute; aux puces des chaussures de marque, des t&eacute;l&eacute;phones Apple ou Samsung, des &eacute;crans plats&hellip; sont autant d&rsquo;expressions d&rsquo;un besoin de r&eacute;affiliation &agrave; un collectif plus large auquel les ressources &eacute;conomiques disponibles ne permettent pas d&rsquo;acc&eacute;der par le march&eacute; classique. A travers le march&eacute; aux puces, les acheteurs peuvent ainsi tenter de r&eacute;pondre aux imp&eacute;ratifs de repr&eacute;sentation sociale induits par la soci&eacute;t&eacute; de consommation et les normes qu&rsquo;elle impose. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">En limitant et contr&ocirc;lant l&rsquo;usage du droit &agrave; la ville, les institutions limitent les possibilit&eacute;s des biffins et acheteurs du march&eacute; d&rsquo;apporter une r&eacute;ponse autonome aux processus de d&eacute;saffiliation qu&rsquo;ils rencontrent, sans pour autant y apporter de r&eacute;ponses, la &laquo;&nbsp;mixit&eacute;&nbsp;&raquo; des quartiers et la &laquo;&nbsp;fluidit&eacute; des espaces circulatoires&nbsp;&raquo; n&rsquo;y suffisant pas. Ce conflit d&rsquo;usage de l&rsquo;espace publique, limite le droit &agrave; la ville des plus pr&eacute;caires et surtout leurs capacit&eacute;s d&rsquo;auto-organisation. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Les politiques publiques, en imposant des modalit&eacute;s d&rsquo;organisation et de circulation de l&rsquo;espace publique sans prendre en compte les dynamiques auto-organis&eacute;es des quartiers populaires, imposent des normes d&rsquo;usage incompatibles avec les besoins de ces derniers. </span></span></span></p> <h3 style="margin-bottom: 11px;"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><span style="font-size:16.0pt"><span style="line-height:115%">Bibliographie</span></span></span></span></span></h3> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Allard-Poesi, F., &amp; Perret, V. (2003). La recherche-action. In Y. Giordano (Dir.), <i>Conduire un projet de recherche : Une perspective qualitative</i>. EMS.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Aug&eacute;, M. (1992). <i>Non-lieux : Introduction &agrave; une anthropologie de la surmodernit&eacute;</i>. Le Seuil.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Balandier, G. (1985). <i>Antropo-logiques</i>. Livre de Poche.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Becker, H. (1985). <i>Outsiders : &Eacute;tudes de sociologie de la d&eacute;viance</i> (J.-P. Briand &amp; J.-M. Chapoulie, Trad.). &Eacute;ditions M&eacute;taili&eacute;. (Ouvrage original publi&eacute; en 1963)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Bourdieu, P. (1980). Le capital social : Notes provisoires. <i>Actes de la recherche en sciences sociales, 31</i>, 2&ndash;3.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Castel, R. (1995). <i>Les m&eacute;tamorphoses de la question sociale</i>. Fayard.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Chevalier, L. (1978). <i>Classes laborieuses et classes dangereuses</i>. Le Livre de Poche. (Ouvrage original publi&eacute; en 1958)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Compagnon, A. (2017). <i>Les chiffonniers de Paris</i>. Gallimard.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Duclos, M. (2019). &Eacute;conomies populaires et socialisation par le bas. <i>Journal des anthropologues</i>. <a href="https://doi.org/10.4000/jda.8934" style="color:#0563c1; text-decoration:underline" target="_blank">https://doi.org/10.4000/jda.8934</a></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Duclos, M. (2020). <i>Les braconniers des poubelles</i>. &Eacute;ditions Syllepse.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Froment-Meurice, M. (n.d.). Produire et r&eacute;guler les espaces publics contemporains. <i>Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysag&egrave;re</i>. <a href="https://journals.openedition.org/cdg/592" style="color:#0563c1; text-decoration:underline" target="_blank">https://journals.openedition.org/cdg/592</a></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Goffman, E. (1975). <i>Stigmate : Les usages sociaux des handicaps</i>. Les &Eacute;ditions de Minuit. (Ouvrage original publi&eacute; en 1963)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Goffman, E. (1974). <i>Les rites d&rsquo;interaction</i>. Les &Eacute;ditions de Minuit.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Granovetter, M. (1985). Economic action and social structure: The problem of embeddedness. <i>American Journal of Sociology, 91</i>(3), 481&ndash;510.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Lacout, A. (2019, janvier). <i>&Eacute;tude qualitative du march&eacute; des biffins organis&eacute; par Am&eacute;lior</i>. AEFEL. <a href="http://amelior.canalblog.com/archives/2019/03/22/37198196.html" style="color:#0563c1; text-decoration:underline" target="_blank">http://amelior.canalblog.com/archives/2019/03/22/37198196.html</a></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Lojkine, J. (n.d.). <i>La r&eacute;volution informationnelle</i>. PUF.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Marx, K. (1969). <i>Le Capital</i> (Livre 1). Garnier Flammarion. (Ouvrage original publi&eacute; en 1867)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Paugam, S. (2018). Tableau crois&eacute;. In S. Paugam (Dir.), <i>Les 100 mots de la sociologie</i>. Presses universitaires de France.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Paugam, S. (1991). <i>La disqualification sociale : Essai sur la nouvelle pauvret&eacute;</i>. Presses universitaires de France.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Polanyi, K. (1977). <i>The livelihood of man</i>. The Academic Press.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Reclus, E. (1905). <i>L&rsquo;Homme et la Terre</i> (Tome 1). Librairie Universelle.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Renaut, G. (1900). <i>Les rois du ruisseau</i>. Paris.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Rullac, S., &amp; Bazin, H. (2014). Les biffins et leurs espaces marchands : Seconde vie des objets et des hommes. <i>Informations sociales, 2</i>(152), 68&ndash;74.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Rullac, S., Bazin, H., &amp; al. (2012). <i>&Eacute;tude qualitative portant sur les conditions de vie des biffins en &Icirc;le-de-France</i> (March&eacute; public 1100292).</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Sahlins, M. (1972). <i>&Acirc;ge de pierre, &acirc;ge d&rsquo;abondance</i>. NRF.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Sarria Icaza, &amp; Tiriba. (2006). &Eacute;conomie populaire. In J.-L. Laville &amp; A. D. Cattani (&Eacute;ds.), <i>Dictionnaire de l&rsquo;autre &eacute;conomie</i> (pp. 258&ndash;268). Gallimard.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Sellamna, N.-E. (2010). La recherche-action des origines &agrave; nos jours. In G. Faure (&Eacute;d.), <i>Innover avec les acteurs du monde rural : La recherche-action en partenariat</i> (pp. 21&ndash;29). &Eacute;ditions Qu&aelig;. <a href="https://doi.org/10.3917/quae.faure.2010.01.0021" style="color:#0563c1; text-decoration:underline" target="_blank">https://doi.org/10.3917/quae.faure.2010.01.0021</a></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Shields, R. (1992). <i>Places on the margin</i>. Routledge.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Simmel, G. (1992). <i>Le conflit</i>. Circ&eacute;. (Ouvrage original publi&eacute; en 1908)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Simmel, G. (1998). <i>Les pauvres</i>. PUF. (Ouvrage original publi&eacute; en 1907)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Veblen, T. (1970). <i>Th&eacute;orie de la classe de loisir</i>. Gallimard. (Ouvrage original publi&eacute; en 1899)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">Weber, F. (1989). <i>Le travail &agrave;-c&ocirc;t&eacute; : &Eacute;tude d&rsquo;ethnographie ouvri&egrave;re</i>. EMESS.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px">&nbsp;</p> <div style="margin-bottom:11px"> <hr align="left" size="1" width="33%" /></div> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn1"></a><a href="#_ftnref1" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[1]</sup></a> Simmel, G. (1992). <i>Le conflit</i>. Circ&eacute;. (Ouvrage original publi&eacute; en 1908)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn2"></a><a href="#_ftnref2" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[2]</sup></a> Reclus, E. (1905). <i>L&rsquo;Homme et la Terre</i> (Tome 1). Librairie Universelle.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn3"></a><a href="#_ftnref3" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[3]</sup></a>&nbsp;Rullac, S., &amp; Bazin, H. (2014). Les biffins et leurs espaces marchands : Seconde vie des objets et des hommes. <i>Informations sociales, 2</i>(152), 68&ndash;74.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn4"></a><a href="#_ftnref4" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[4]</sup></a> Chevalier, L. (1978). <i>Classes laborieuses et classes dangereuses</i>. Le Livre de Poche. (Ouvrage original publi&eacute; en 1958)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn5"></a><a href="#_ftnref5" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[5]</sup></a>Weber, F. (1989). <i>Le travail &agrave;-c&ocirc;t&eacute; : &Eacute;tude d&rsquo;ethnographie ouvri&egrave;re</i>. EMESS..</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn6"></a><a href="#_ftnref6" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[6]</sup></a> Bourdieu, P. (1980). Le capital social : Notes provisoires. <i>Actes de la recherche en sciences sociales, 31</i>, 2&ndash;3.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn7"></a><a href="#_ftnref7" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[7]</sup></a> Rullac, S., Bazin, H., &amp; al. (2012). <i>&Eacute;tude qualitative portant sur les conditions de vie des biffins en &Icirc;le-de-France</i> (March&eacute; public 1100292).</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn8"></a><a href="#_ftnref8" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[8]</sup></a>&nbsp;Lacout, A. (2019, janvier). <i>&Eacute;tude qualitative du march&eacute; des biffins organis&eacute; par Am&eacute;lior</i>. AEFEL. <a href="http://amelior.canalblog.com/archives/2019/03/22/37198196.html" style="color:#0563c1; text-decoration:underline" target="_blank">http://amelior.canalblog.com/archives/2019/03/22/37198196.html</a></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn9"></a><a href="#_ftnref9" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[9]</sup></a>Shields, R. (1992). <i>Places on the margin</i>. Routledge.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn10"></a><a href="#_ftnref10" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[10]</sup></a> Robert, un biffin du march&eacute; aux puces</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn11"></a><a href="#_ftnref11" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[11]</sup></a> Robert, un biffin du march&eacute; aux puces</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn12"></a><a href="#_ftnref12" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[12]</sup></a> Rudi, un biffin du march&eacute; aux puces</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn13"></a><a href="#_ftnref13" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[13]</sup></a> Fadi, un biffin du march&eacute; aux puces, ex-vendeur patent&eacute; du march&eacute; de la Mosson</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn14"></a><a href="#_ftnref14" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[14]</sup></a> Duclos, M. (2020). <i>Les braconniers des poubelles</i>. &Eacute;ditions Syllepse. </span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn15"></a><a href="#_ftnref15" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[15]</sup></a> Rullac, S., Bazin, H., &amp; al. (2012). <i>&Eacute;tude qualitative portant sur les conditions de vie des biffins en &Icirc;le-de-France</i> (March&eacute; public 1100292).</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn16"></a><a href="#_ftnref16" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[16]</sup></a> Bourdieu, P. (1980). Le capital social : Notes provisoires. <i>Actes de la recherche en sciences sociales, 31</i>, 2&ndash;3.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn17"></a><a href="#_ftnref17" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[17]</sup></a> Lacout, A. (2019, janvier). <i>&Eacute;tude qualitative du march&eacute; des biffins organis&eacute; par Am&eacute;lior</i>. AEFEL. <a href="http://amelior.canalblog.com/archives/2019/03/22/37198196.html" style="color:#0563c1; text-decoration:underline" target="_blank">http://amelior.canalblog.com/archives/2019/03/22/37198196.html</a></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn18"></a><a href="#_ftnref18" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[18]</sup></a> Rullac, S., Bazin, H., &amp; al. (2012). <i>&Eacute;tude qualitative portant sur les conditions de vie des biffins en &Icirc;le-de-France</i> (March&eacute; public 1100292).</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn19"></a><a href="#_ftnref19" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[19]</sup></a> Sarria Icaza, &amp; Tiriba. (2006). &Eacute;conomie populaire. In J.-L. Laville &amp; A. D. Cattani (&Eacute;ds.), <i>Dictionnaire de l&rsquo;autre &eacute;conomie</i> (pp. 258&ndash;268). Gallimard.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn20"></a><a href="#_ftnref20" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[20]</sup></a>Duclos, M. (2020). <i>Les braconniers des poubelles</i>. &Eacute;ditions Syllepse.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn21"></a><a href="#_ftnref21" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[21]</sup></a> Vendeur du march&eacute; aux puces se fournissant sur le Bon Coin</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn22"></a><a href="#_ftnref22" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[22]</sup></a> Balandier, G. (1985). <i>Antropo-logiques</i>. Livre de Poche.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn23"></a><a href="#_ftnref23" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[23]</sup></a> Marx, K. (1969). <i>Le Capital</i> (Livre 1). Garnier Flammarion. (Ouvrage original publi&eacute; en 1867)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn24"></a><a href="#_ftnref24" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[24]</sup></a> Lojkine, J. (n.d.). <i>La r&eacute;volution informationnelle</i>. PUF.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn25"></a><a href="#_ftnref25" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[25]</sup></a>Veblen, T. (1970). <i>Th&eacute;orie de la classe de loisir</i>. Gallimard. (Ouvrage original publi&eacute; en 1899)</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn26"></a><a href="#_ftnref26" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[26]</sup></a> Sahlins, M. (1972). <i>&Acirc;ge de pierre, &acirc;ge d&rsquo;abondance</i>. NRF.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><a name="_ftn27"></a><a href="#_ftnref27" style="color:#0563c1; text-decoration:underline"><sup>[27]</sup></a> Polanyi, K. (1977). <i>The livelihood of man</i>. The Academic Press.</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif"><b>ARCHIVES MUNICPALES DE MONTPELLIER</b></span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:115%"><span style="font-family:Calibri, sans-serif">C&ocirc;tes : 1143W11 - 105W26 - 1208-W7-97 - 143W8-11 - 477W7 - 430W34</span></span></span></p> <p style="margin-bottom:11px">&nbsp;</p>

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