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Numéro 11 : Révoltes

N° 11 / 2019

Révoltes

Benjamin LALBAT, Benoît BOHY-BUNEL, Bertrand VIDAL, Carlotta SUSCA, Christophe DAVID et al.

Le mouvement des Gilets Jaunes survenu au mois d'octobre 2018 a révélé un profond renouveau des catégories d’appréhension des mouvements sociaux et plus globalement de la notion de révolte. Étymologiquement, de l'italien rivoltare, se révolter signifie « se détourner », par exemple d'une religion, mais aussi se dresser contre l'autorité établie ou contre l'ordre institué. Plus largement, l'idée de révolte renvoie à l'indignation, à la révulsion, au sc... Lire la suite

Éditorial

Marianne CELKA, Matthijs GARDENIER, Éric Gondard, Bertrand VIDAL

Le mouvement des Gilets Jaunes survenu au mois d’octobre 2018 a révélé un profond renouveau des catégories d’appréhension des mouvements sociaux et plus globalement de la notion de révolte. Étymologiquement, de l’italien rivoltare, se révolter signifie « se détourner », par exemple d’une religion, mais aussi se dresser contre l’autorité établie ou contre l’ordre institué. Plus largement, l’idée de révolte renvoie à l’indignation, à la révulsion, au scandale et initie la rébellion et potentiellement la révolution. Contre quelles valeurs, contre quel ordre du monde les rébellions actuelles – qu’elles soient politiques ou transpolitiques, identitaires ou libertaires, festives ou destructrices – se dressent-elles, contre quelles autorités établies font-elles volte-face ? De quoi se détournent-elles et quels sont les objets du scandale ?

 

Le politique à l’époque de sa reproductibilité numérique. Distraction, destruction et effets pervers

Vincenzo SUSCA

L’Occident, ses élites et sa démocratie sont en crise depuis longtemps. Dans ce cadre, les rapports entre civilisation et étranger, citoyen et non-citoyen, spectateur et œuvre sont renversés par rapport au temps qui fut. À bien des égards, les principes qui animent les cybercultures dans ce qu’elles ont de plus souterrain, sombre et subversif agissent dans les interstices où la civilisation n’a plus de marge de manœuvre, là où elle a épuisé sa force en montrant son point de saturation.

 

S’il y a une canaille révoltiste, eh bien j’en suis et heureux d’en être ! Portrait du révoltiste Miguel Abensour en démocrate insurgeant

Christophe DAVID

Sous le nom de « démocratie insurgeante », Miguel Abensour, porté par une relecture puissante et politique de Marx et du nouvel esprit utopique, s’inscrivant dans le sillage de la réflexion de Claude Lefort sur la « démocratie sauvage » et aux côtés de celle d’Ernesto Laclau et Chantal Mouffe sur la « démocratie radicale », a dessiné les contours d’une conception de la démocratie qui met la révolte — une double révolte — en son cœur.

 

Impact du régime de la vérité liquide et économie de l’opinion au sein des mouvements sociaux contemporains. L’exemple du mouvement des Gilets Jaunes

Benjamin LALBAT

« Ne parlez pas de "répression" ou de "violences policières", ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit. [...] Vous me parlez de répression, je vous dis que c'est faux », Emmanuel Macron, le 07 mars 2019, Gréoux-les-Bains.

Cette formule provocatrice d’E. Macron, interpelle. Si elle se doit d’être replacée dans le contexte où elle est prononcée – presque quatre mois après le début du mouvement social des Gilets Jaunes – elle questionne notamment sur les choix en matière de communication ainsi que le rapport entre la vérité et le pouvoir en place en période de mouvement social. En effet, à la date où elle est prononcée, 483 cas de violences policières sont recensés, dont 202 blessures à la tête, 21 personnes énuclées, 5 mains arrachées et un homicide.

 

Critique de Vivre sans, de Frédéric Lordon

Benoît BOHY-BUNEL

L'ouvrage de Lordon a pour intention première la discussion des thèses du Comité invisible (auteurs de L'insurrection qui vient, À nos amis et Maintenant). Au fil d'un dialogue avec Félix Boggio, Lordon énonce ses objections et propositions, qui se développent sur un plan « exotérique » (empirique, historique, social) et sur un plan « ésotérique » (philosophique, onto-anthropologique). L'hybridité de la forme, et l'hybridité substantielle du texte, n'empêchent pas de saisir une cohérence d'ensemble de la pensée lordonienne, qui s'inscrit plus largement dans le geste théorique qu'il déploie depuis une vingtaine d'années.

 

Résister par le désordre. La mise en scène d'une révolte néolibérale dans I. Robot d'Alex Proyas

Nathanael WADBLED

Dans l’adaptation cinématographique d’I-Robot d’Isaac Asimov, Alex Proyas montre des robots voulant rendre les humains semblables à des robots. S’ils respectaient un programme, alors ils cesseraient de s’autodétruire. Il ne s’agit pas de la révolte des robots contre leur créateur, mais de la réalisation de leur programme. Ils sont conçus pour protéger les hommes et en concluent qu’ils doivent les protéger contre eux-mêmes. Ce sont les humains qui se révoltent contre cette tentative dont ils sont pourtant à l’origine. Ce film met ainsi en récit une critique néolibérale de la société. D’un côté, la robotisation de l’humanité correspond à l’aboutissement fasciste d’une société disciplinaire que le néolibéralisme voit en germe dans le libéralisme bourgeois. D’un autre côté, c’est la capacité d’un robot à être un individu libre introduisant un désordre imprévisible qui sauve les humains, et non leur conscience commune d’un projet politique.

 

Marges / Le piège diégétique. La prédestination des personnages pris dans un loop causal

Carlotta SUSCA, Jean-Luc DEFROMONT

Le paradoxe du loop causal, parmi tous ceux qu’induisent les voyages dans le temps, prend les personnages au piège d’une circularité où chaque choix a déjà été fait. Cette pétition de principe semble nier leur libre arbitre ; ils exercent cependant leur capacité de choisir, avec autant de difficultés que n’importe quel être humain.

 

Marges / Corps communicationnels : Grindr et l'imaginaire des désirs

Eduardo BIANCHI

Cette recherche souligne le rôle du réseau géo-social Grindr en tant que médiateur des relations sociales et des pratiques sexuelles au moyen de la communication. Elle envisage l'importance de l'image de soi dans les réseaux géo-sociaux en rapport à la spatialité de la ville, notamment dans l’appropriation et la re-signification sensibles des corps en mouvement.

 

Recension / The struggle over borders, cosmopolitanism and communitarianism de Pieter de Wilde, Ruud Koopmans, Wolfgang Merkel, Olivier Strijbis et Michael Zürn

GARDENIER Matthijs

Recension de l'ouvrage : De Wilde Pieter, Koopmans Ruud, Merkel Wolfgang, Strijbis Oliver, Zürn Michael, The Struggle Over Borders : Cosmopolitanism and Communitarianism, Cambridge,  Cambridge University Press, 2019, 276 p.